Ce mercredi matin, dans le hall de la gare de Lyon-Perrache, Georges, casquette noire enfoncée sur la tête et « Lourdes » brodé en lettres blanches, attend avec des dizaines d'autres personnes malades ou en situation de handicap. Elles s'apprêtent à embarquer dans le TGV spécialement affrété par l'association Notre-Dame-du-Salut pour le Pèlerinage national de l'Assomption. Au total, 293 passagers prendront place à bord, faisant de ce voyage, selon les organisateurs, le plus grand pèlerinage de personnes non valides de France.
Un train-hôpital pour 293 pèlerins
Sur le quai, Arlette, 88 ans, patiente dans son fauteuil roulant, entourée de son fils et de sa belle-fille. Elle perd de plus en plus la vue : « Je ne vois qu'à 1/10e de l'œil gauche, et je vieillis… », confie-t-elle. C'est sa médecin généraliste, Catherine Bernard de Villeneuve, bénévole de longue date dans l'association, qui lui a parlé de ce pèlerinage. « C'est l'occasion d'exaucer son vœu », glisse Maria, sa belle-fille. Arlette précise : « Je voulais simplement aller à Lourdes avant de mourir. Je suis très croyante, donc ça compte pour moi. Je n'attends rien d'autre de ce voyage que de voir la Vierge Marie. »
Le train, qui passe par Marseille, Nîmes et Carcassonne, compte plusieurs « wagons ambulances » réservés aux malades. Parmi les passagers, 46 sont en situation d'invalidité totale. C'est le cas de Laurence, 59 ans, qui effectue son 23e pèlerinage. Installée en fond de rame, elle scrolle sur son téléphone quand Lucie, 10 ans, la petite-fille de Catherine, lui apporte un dessin réalisé pour « tous les malades ». Laurence, qui a connu Lucie depuis sa naissance, explique son attachement : « J'adore Lourdes, on dirait qu'on est ailleurs. »
Des retrouvailles et une « grande famille »
Pendant le trajet, Catherine fait sa tournée « des malades ». Elle interroge ses patientes, Arlette et Sylvie, puis s'adresse à d'autres : « Léonie, comment vas-tu, c'est la troisième année qu'on se voit, non ? » Plus loin, elle salue Dalilah : « Ça doit faire vingt ans qu'on t'accompagne chaque année ! Et c'est toujours un plaisir ! » Pour la bénévole, « le Pèlerinage, c'est finalement surtout des retrouvailles ».
Marthe, qui a été hospitalière – le terme pour les volontaires accompagnant les non-valides – pendant des années, se retrouve désormais « de l'autre côté ». Elle témoigne : « Je pense qu'à l'origine, on y va pour une forme de spiritualité. Puis, on tisse des liens. Et on est heureux de se retrouver chaque année. On ne se voit qu'une fois par an mais on a l'impression de s'être vu la veille. C'est comme si on formait une grande famille. » La discussion est interrompue par les haut-parleurs : « Chers pèlerins, bienvenue. » Une prière est récitée par l'ensemble des voyageurs.
Une semaine où tout est adapté aux personnes handicapées
Carole Bernard de Villeneuve, fille de Catherine, médecin urgentiste et bénévole, explique que la plupart des pèlerins reviennent chaque année pour l'ambiance et le lien social. « Ils viennent surtout pour l'ambiance, le côté chaleureux et convivial. Certains sont très isolés, d'autres vivent en maison de retraite, mais ressentent autant la solitude. Alors quand ils font partie de ces grandes célébrations pendant une semaine, c'est un grand moment pour eux. Pendant sept jours, tout est tourné autour des personnes handicapées. »
Elle ajoute : « À Lourdes, il n'y a pas de trottoirs, par exemple. Tout est adapté aux personnes à mobilité réduite. Pour eux, c'est le monde à l'envers car toute l'année, ils doivent s'adapter aux autres. Là-bas, ils sont au centre. Même dans les cérémonies, ce sont eux qui passent en premier. C'est très gratifiant. »
Concernant les miracles, Carole affirme : « Certains y croient, mais au fond d'eux, je pense qu'il y a peu de gens qui espèrent une guérison inexpliquée. » Elle précise que les médecins mènent « de très longues enquêtes, parfois pendant des années, pour savoir si certaines histoires sont vraiment dues à un "miracle". Il faut que ce soit soudain, imprévisible, sans explication scientifique, et durable dans le temps. » Selon le site du sanctuaire, sur plus de 7 000 dossiers de guérisons déposés depuis les apparitions, 72 cas ont été reconnus miraculeux par l'Église catholique.
Des motivations diverses parmi les pèlerins
Michèle, 77 ans, atteinte de la maladie de Parkinson, résume sa motivation : « Je participe histoire de me balader un peu, parce que je suis dans une résidence où on ne sort pas beaucoup le reste de l'année. » Sa voisine Chantal, 73 ans, y retourne chaque année depuis la mort de son fils en 2009 : « Ça me réconforte moralement. »
Josie, 76 ans, originaire de Toulon, fait son quatrième pèlerinage en hommage à son mari décédé, « très croyant ». Elle confie : « J'y ai rencontré des gens super avec qui on fait la fête. » Perdant l'usage de ses jambes, elle garde un regard lucide : « Je n'y vais pas pour ça. J'ai été ambulancière pendant trente ans, je sais ce que c'est. Certains malades s'attendent peut-être à des miracles… Moi, je n'attends pas particulièrement quoi que ce soit, à part des rencontres. »
Guillaume, 59 ans, sur le spectre de l'autisme, exprime une autre attente : « Lourdes, c'est la ville des miracles, non ?! Mais je n'en attends pas un. Je veux seulement prier pour ma famille, car j'ai perdu mes parents l'an dernier, et j'essaie de trouver un endroit de paix, qu'on puisse m'aider à accepter ce que je ne peux pas changer. »



