Petites voitures : faut-il continuer à y jouer ?
Petites voitures : jouer ou ne pas jouer ?

« Vroom, vroom ! » Cette expression enfantine résume assez bien un dilemme. À l'occasion du lancement de la nouvelle édition du Mondial de l'automobile de Paris, 20 Minutes interroge : à l'heure où les modèles type Hot Wheels se vendent par millions et où le dérèglement climatique s'accentue, faut-il continuer à jouer aux petites voitures ?

Oui, pour le développement de l'enfant

À hauteur d'enfant, les petites voitures circulent un peu partout dans une chambre ou un salon. « Leur format même attire l'enfant, qui va pouvoir prendre en main tel ou tel modèle », observe Franck Mathais, porte-parole national de Joué Club. Des mini-véhicules qui suivent les fillettes et garçonnets dans chacun de leurs déplacements. « Ces voitures ont une dimension nomade, pouvant être emmenées où ils veulent. De par leur taille, ils peuvent se multiplier facilement. »

Au fil des mois, manipuler de manière continue ses jouets peut aider à développer la motricité fine et la coordination des enfants, mais aussi leur imagination. Sans parler d'intelligence artificielle (IA), qui va s'inviter dans de nombreux jouets à Noël à en croire Franck Mathais, les enfants peuvent faire parler leurs compagnons de route. « Il y a des voitures totalement imaginaires, façon un peu dragster ou autre, que les enfants adorent, notamment avec Cars. » D'ailleurs, le film d'animation de Disney souffle ses 20 ans. Jouer avec Flash McQueen et ses amis représente ainsi une extension de ce que les enfants ont pu lire, voir ou entendre à la télévision ou au cinéma.

Oui, pour assurer une transmission

Dans cet univers, les stars roulent dans l'écurie Hot Wheels, dont un film des studios Warner Bros est même prévu. La licence a généré près de 6,4 millions d'euros en France en 2024 et a vu sa croissance augmenter de 27 % sur ses ventes par rapport à la même période l'année précédente*. Au total, plus de 500 millions de voitures Hot Wheels sont produites chaque année.

Objet d'interaction, la voiture Hot Wheels ou de sa principale concurrente, Majorette, est aussi un objet de transmission, ce que les marques ont bien compris. L'enfant peut ainsi jouer aux mini-véhicules avec une grande personne qui reste un éternel gamin dans l'âme. « Chez les adultes, il y a un phénomène de collection. On voit les gens qui mettent un bazar dans les magasins pour trouver la voiture qui viendra compléter leur panoplie », indique le porte-parole de Joué Club, pour qui la « nostalgie » est aussi l'un des ingrédients du succès de petits modèles qui envoient du bois… et du plastique.

Non, car elles se cassent

À ce jour, l'un des freins aux petites voitures est leur réparabilité. En France, chaque année, plus de 40 millions de jouets sont jetés à la poubelle, ce qui représente environ 100 000 à 110 000 tonnes de déchets*. « Beaucoup de modèles mêlent une carrosserie en métal, et un châssis ou des roues en plastique, détaille Anaïs Uzan, responsable de l'atelier Rejoué, membre du réseau Rejouons Solidaire, offrant une seconde vie aux jouets. Ces pièces sont difficiles à séparer et le recyclage de ces produits est très compliqué. »

À noter que le processus de revalorisation chez Rejoué n'implique pas de réparation. Toutes les voitures – et jouets de manière générale – cassées, dont la peinture est écaillée ou les roues abîmées, ne seront jamais réemployées. Ils feront l'objet d'un envoi vers une filière de recyclage dédiée. Anaïs Uzan regrette pour sa part qu'en « 2026, les fabricants ne se penchent pas davantage sur l'écoconception des jouets, pour qu'ils puissent être démontables, réemployables et donc plus durables. »

Non, par préoccupation

Au-delà du symbole que représentent ces voitures, la confection même des jouets pourrait inciter plus d'une mordue ou d'un mordu à lever le pied sur le fait de jouer avec ces modèles. Car leur impact de fabrication sur l'environnement est, lui, concret. Les petites voitures en plastique, qui inondent le marché du jouet, engendrent 0,79 kg CO2e/an contre 0,18 kg CO2e/an pour les voitures en bois. Pour être plus rapide : continuer à jouer aux petites voitures c'est bien, avec celles en bois, c'est mieux pour la planète.

Sur les jouets comme sur d'autres produits, 87 % des Français affirment prendre en compte l'impact environnemental et climatique de l'emballage au moment de réaliser leurs achats**. À noter aussi que 53 % des acheteurs ont déjà changé de marque pour la simple raison que ses emballages n'étaient pas recyclables. Au fait de ces données, le groupe Mattel (Hot Wheels) indique s'être fixé comme objectif d'atteindre 100 % de matériaux plastiques recyclés, recyclables ou biosourcés pour tous ses produits et emballages d'ici 2030, et de réduire de 25 % la quantité de plastique par emballage d'ici 2030 (par rapport à 2020). Pour que faire rouler les petites voitures ne soit pas un plaisir coupable…

*Chiffres publiés par l'ADEME, l'Agence de la transition écologique. ** Selon une étude publiée par Pro Carton.