Julia Faure, la cheffe d'entreprise anti-fast-fashion : « Si nous ne menons pas cette bataille, personne ne la mènera pour nous ! »
Radicale mais réaliste, cette ingénieure agronome a lancé une chaîne de vêtements durables, mais aussi un collectif qui est à l'origine de la loi contre la fast-fashion. Pour mieux lutter contre la « prime au vice » qui gangrène notre économie.
Par Morgane Bertrand, publié le 7 mai 2026 à 8h00.
Ce vendredi 29 août 2025, sur la scène du Théâtre de la Cité internationale, à Paris, Julia Faure, 38 ans, coprésidente du mouvement patronal Impact France, ouvre les Universités d'été de l'économie de demain. Voix grave et magnétique : « Loi Duplomb, MaPrimRenov'… J'ai peur. J'ai peur pour l'avenir, pour moi, pour ma boîte… » En l'occurrence, la principale menace qui pèse sur son entreprise de vêtements, Loom, est la fast-fashion, cette mode jetable qui détruit tout sur son passage – « le made in France, le réemploi, le commerce des centres-villes, la balance commerciale, les emplois… » En cause, cette « prime au vice » qui gangrène l'économie et face à laquelle nul ne doit baisser les bras. « Il faut rester combatifs : si nous ne menons pas cette bataille, personne ne la mènera pour nous ! » Applaudissements dans la salle. Dans les gradins, patrons et responsables RSE s'enflamment face à l'oratrice. « Elle est capable d'embarquer tout le monde, elle a un vrai savoir-faire en la matière », dit, admiratif, Pascal Demurger, directeur général de la Maif et coprésident d'Impact France, « bluffé » ce jour-là.
Une ingénieure agronome devenue gardienne de la mode durable
C'est ainsi que Julia Faure est parvenue à faire entrer la radicalité dans le monde feutré de l'entreprise. Offensive mais constructive, convaincue mais réaliste, ingénieure agronome devenue gardienne de la mode durable… Bref, sans étiquette. N'allez pas la traiter de « militante » ou d'« activiste ». Elle préfère agir concrètement, en créant des solutions et en influençant les politiques. Son combat contre la fast-fashion ne se limite pas à son entreprise Loom, qui propose des vêtements durables et éthiques. Elle a également cofondé un collectif d'entreprises et d'acteurs engagés, qui a joué un rôle clé dans l'élaboration de la loi visant à réguler la mode jetable. Cette loi, adoptée récemment, impose des mesures pour réduire l'impact environnemental de l'industrie textile, comme l'interdiction de certaines pratiques de surproduction et l'obligation de transparence sur la durabilité des produits.
Une militante pragmatique
Julia Faure ne se contente pas de dénoncer ; elle propose des alternatives. Son approche pragmatique séduit autant les entrepreneurs que les politiques. « Si nous ne menons pas cette bataille, personne ne la mènera pour nous », répète-t-elle inlassablement. Cette détermination lui a valu une reconnaissance dans le milieu de l'économie sociale et solidaire. Elle incarne une nouvelle génération de chefs d'entreprise qui allient performance économique et responsabilité sociale et environnementale. Son parcours, de l'agronomie à la mode durable, montre qu'il est possible de concilier innovation et éthique. Alors que la fast-fashion continue de dominer le marché, Julia Faure prouve qu'une autre voie est possible, plus respectueuse des personnes et de la planète.



