Jean-Luc Fabre, auteur saint-gillois, publie son dernier ouvrage Les Grisettes de Montpellier. À la conquête de la liberté aux éditions Le Papillon rouge. Il y retrace le destin de jeunes ouvrières du textile et de la mode montpelliéraine, tout en brossant le portrait d'une ville à l'aube de la modernité.
Une histoire méconnue
Interrogé sur les raisons de son intérêt pour ce sujet, Jean-Luc Fabre explique : « D'abord parce que cette histoire est méconnue des Montpelliérains, qui associent surtout les grisettes aux petits bonbons à la réglisse et au miel. Mais surtout parce que ces femmes ont été parmi les premières femmes libres de la ville. Ce sont des féministes avant l'heure, bien avant les suffragettes et les mouvements du nord de l'Europe. Il est né à Montpellier quelque chose de véritablement précurseur. »
Un modèle de modernité
Interrogé sur l'actualité de ces figures, l'auteur souligne : « Elles avaient compris qu'au XIXe siècle, le mariage signifiait perdre toute existence juridique, comme remettre leur fortune entre les mains de leur mari. Les grisettes ont donc choisi de ne pas se marier. Elles ont aussi inventé une forme d'auto-entrepreneuriat : elles travaillaient pour elles-mêmes, créaient leurs propres activités. Elles imaginaient des lignes de vêtements pour les familles bourgeoises, à partir de ressources locales. Elles avaient déjà posé les bases de l'union libre, du travail indépendant, de la mode et même d'une forme de production durable. Ce sont des idées très contemporaines. »
Un Montpellier qui a peu changé
Pour reconstituer le décor du XIXe siècle, l'écrivain s'est appuyé sur une ville « assez bien documentée, et surtout qui a très peu changé. Le centre historique, l'Écusson, l'Esplanade ou la place de la Comédie ressemblent encore beaucoup à ce qu'ils étaient à l'époque. Cela facilite la reconstitution du décor. » Quant aux personnages, il s'est inspiré de plusieurs auteurs ayant décrit ces grisettes, à Montpellier comme ailleurs. « Elles avaient une particularité : elles étaient décrites comme jeunes, belles, mais surtout dotées d'une grande indépendance d'esprit, à l'inverse des femmes de la bourgeoisie, souvent soumises. »
La singularité de Montpellier
Jean-Luc Fabre confie son attrait pour l'histoire de Montpellier : « C'est une ville très originale, dès sa fondation. Contrairement à beaucoup d'autres, elle n'est pas née à l'époque romaine ni sur une terre fertile. Elle s'est construite sur une colline de pierre, le "Clapas". Montpellier fonctionne ainsi : elle ne produit pas de richesse agricole ou industrielle, mais de la valeur ajoutée, par l'intelligence et le commerce. C'est cette singularité qui me fascine. »



