Du rose médiéval aux crampons fuchsia : une histoire du genre
Du rose médiéval aux crampons fuchsia : une histoire du genre

Le rose, couleur aujourd'hui associée au féminin, a une histoire bien plus complexe. Des enluminures médiévales aux crampons fuchsia des footballeurs de la Coupe du monde, cette teinte a traversé les siècles, reflétant les évolutions de notre rapport au genre. Une exposition et un ouvrage, présentés par l'historienne de l'art Aurélie Carré, retracent cette épopée chromatique.

Un rose médiéval ambivalent

Au Moyen Âge, le rose n'est pas encore une couleur genrée. Dans les enluminures, il est utilisé pour représenter aussi bien des vêtements masculins que féminins. « Le rose était une couleur de luxe, souvent portée par les nobles des deux sexes », explique Aurélie Carré, commissaire de l'exposition « Rose, une couleur en mouvement » au Musée des Arts Décoratifs de Paris. Les pigments, comme la laque de garance, étaient précieux et n'étaient pas réservés à un genre particulier.

Il faut attendre le XVIIIe siècle pour voir émerger une distinction. Les traités de savoir-vivre recommandent des couleurs pastel pour les filles, mais le rose est encore porté par les garçons, notamment dans les portraits aristocratiques. Ce n'est qu'au XIXe siècle que l'association rose-féminin se renforce, avec l'industrialisation des teintures et la diffusion de la mode.

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Le fuchsia des crampons : une rupture contemporaine

La Coupe du monde de football 2022 a marqué un tournant : plusieurs joueurs, comme l'attaquant français Kylian Mbappé, ont porté des crampons fuchsia, une couleur criarde qui a fait débat. « Ces crampons sont un pied de nez aux codes de genre, une manière d'affirmer une masculinité qui n'a plus peur des couleurs », analyse Aurélie Carré. Sur les réseaux sociaux, les réactions ont été partagées, certains y voyant une provocation, d'autres une libération.

Ce phénomène s'inscrit dans une tendance plus large : les marques de sport, comme Nike ou Adidas, multiplient les déclinaisons colorées, brouillant les frontières. « Le sport, et surtout le football, a longtemps été un bastion de la virilité. L'irruption du rose y est un marqueur de changement », ajoute l'historienne.

Une exposition pour comprendre notre rapport au genre

L'exposition « Rose, une couleur en mouvement » se tient jusqu'en janvier 2027. Elle réunit plus de 300 pièces : des enluminures, des robes, des objets publicitaires, mais aussi des équipements sportifs. Le parcours montre comment la couleur a été utilisée pour assigner un genre, mais aussi pour le subvertir.

Le livre qui l'accompagne, coécrit avec la sociologue Claire Barbillon, s'intitule « Rose, une histoire de genre ». Il retrace l'évolution des usages, des cours royales aux podiums, en passant par les cours de récréation. « Nous voulons montrer que la couleur n'est pas naturelle, elle est culturelle. Son histoire est celle de nos projections », conclut Aurélie Carré.

L'exposition a déjà attiré 50 000 visiteurs depuis son ouverture en juin. Les ateliers pédagogiques, qui accueillent des scolaires, affichent complet jusqu'à la fin de l'année. Une preuve que la question du genre, à travers le prisme de la couleur, intéresse et interroge.

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