Le Cotentin, souvent moqué pour son ciel capricieux, connaît un regain d'intérêt touristique grâce à son climat plus frais lors des épisodes caniculaires. Depuis l'invention du bulletin météo télévisé, un nuage semble accroché au-dessus de cette région, mais le réchauffement climatique a changé la donne. Alors que la France suffoque sous des températures dépassant les 40 degrés, le Cotentin devient l'un des endroits les plus « frais » du pays.
Des habitants privilégiés
À Cherbourg, Coutances ou Carentan, les habitants n'ont pas échappé à la fournaise, mais les épisodes de chaleur extrême y sont plus courts et moins intenses la nuit. Aude, habitante de la métropole rennaise réfugiée dans sa famille à Pirou, témoigne : « La semaine dernière, on était bien. On se sentait privilégiés. Il faisait chaud mais en fin de journée, on pouvait sortir. On allait à la plage avec les enfants. »
Un afflux de visiteurs
Attirés par des températures plus clémentes, de nombreux habitants de la région parisienne, de la Touraine ou de la Bretagne intérieure ont migré vers cette pointe exposée aux vents. Virginie Félix, qui tient le camping de la Plage à Fermanville, indique : « On avait des appels tout le temps mais les emplacements étaient déjà presque tous réservés. On a réussi à combler quelques trous mais on a surtout dû dire non. La semaine dernière, on était entre quarante et cinquante refus par jour. »
L'établissement a attiré des retraités cherchant à poser leur camping-car ou caravane au frais. Christophe Durand, propriétaire de l'hôtel-restaurant La Régence à Cherbourg, confirme : « On a des gens de Chinon (Indre-et-Loire) qui sont venus passer quatre jours parce qu'ils ne dormaient plus chez eux. On avait surtout des retraités, parce qu'il y avait encore école. Si on a encore une canicule dans les prochaines semaines, ça risque d'être encore plus demandé. »
Un argument touristique
Originaire de Sète (Hérault), Christophe Durand a repris l'hôtel en 2021. « Au début, on ne voulait surtout pas venir ici, parce qu'on avait peur du climat. Mais ça n'a rien à voir avec ce que nous montrait Évelyne Dhéliat », précise-t-il. Il estime que la station météo de Cherbourg est « mal placée », affichant régulièrement des températures inférieures à la réalité. Peu importe : en période de cagnard, la fraîcheur devient un argument touristique. « Cherbourg, tu n'y passes pas par hasard. Si tu es là, c'est que tu voulais y venir », tranche-t-il. Virginie Félix ajoute : « Les gens veulent respirer, pas rester enfermés. Ils viennent chez nous pour pouvoir aller se balader toute la journée et dormir la nuit. » Pour elle, le Cotentin « tient sa revanche » après avoir longtemps souffert de sa réputation : « Avant, il n'y en avait que pour le Sud. »
Une tendance durable
La tendance ne date pas de cette année. La Manche attire depuis longtemps les passionnés d'histoire et de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que des visiteurs en quête d'un littoral préservé. Près de quatre millions de touristes et six millions d'excursionnistes se pressent chaque année à la Hague, à la pointe du Hoc, au plus petit port de France Port Racine ou encore dans le village de Barfleur. Désormais, la douceur du climat séduit également. Une porte-parole de l'Office du tourisme du Cotentin explique : « Je ne sais pas s'il y a un effet canicule. Mais c'est vrai que depuis deux ou trois ans, à chaque fois qu'on a un phénomène de chaleur, on parle de nous. Peut-être que ça joue sur la fréquentation. C'est difficile à dire, car en juin, juillet et août, nous accueillons déjà beaucoup de monde, tout est complet. On reste d'ailleurs vigilants à ce que ça ne déborde pas. » Le centre d'information a même fait de cette singularité son slogan : « échapper à l'ordinaire. »



