Le lactarium Raymond Fourcade, plus grand de France
Le lactarium Raymond Fourcade du CHU de Bordeaux est, à ce jour, le plus grand de l'Hexagone. Il sauve la vie de centaines de bébés prématurés partout en France en offrant un lait maternel pasteurisé et sécurisé. Immersion au cœur de cette petite entreprise de pure générosité.
Des milliers de bouteilles de lait
Des bouteilles de lait par milliers. Stockées, numérotées, scrupuleusement empilées dans des chambres froides. Du lait pasteurisé, quasi-stérile, débarrassé de tout micro-organisme, qui a été récolté auprès de 2 000 femmes de la région et sera distribué dans toute la France, départements d'outre-mer compris. Cette petite ruche aseptisée et high-tech qu'est le lactarium Raymond Fourcade, posé sur le site de l'hôpital Haut-Lévêque au CHU de Bordeaux, héberge une quinzaine de salariés, tous dévoués à la cause. Car ici rien ne se vend, aucun profit n'est envisagé. Seule compte la qualité du produit, son impeccable pureté. Il est destiné au plus précieux, la survie des bébés prématurés que les mamans n'ont pu nourrir elles-mêmes parce que, parfois, la nature joue quelques mauvais tours.
Une mission humaniste et sanitaire
Tous ceux qui travaillent dans ce sanctuaire ont la solide conscience que de chaque geste dépend la vie d'un nouveau-né. Kévin, responsable logistique du lactarium de Bordeaux, gère les stocks de lait maternel lyophilisés dans un frigo géant, avant l'arrivée des camions livreurs. « Ce n'est pas un boulot anodin, admet-il. D'ailleurs, j'assure aussi les tournées pour récupérer le lait chez les collecteuses. Nous fonctionnons comme un réseau, nous nous connaissons tous, et nous savons pourquoi nous sommes là ! » Non seulement chaque professionnel partage ce sentiment de mission humaniste et sanitaire, mais connaît aussi, parfaitement, le suivi de la chaîne de production.
De Marmande à Bordeaux
Le lactarium, ouvert en 2024 dans la métropole bordelaise, entièrement opérationnel depuis peu, succède à celui d'origine qui était implanté à Marmande depuis 1955 – un nouveau bâtiment y fut inauguré en 1978 par la ministre de la santé Simone Veil. La ville du Lot-et-Garonne a eu bien du mal à lâcher son lactarium, sa fierté : c'est précisément là que le docteur Fourcade, alors responsable du centre de transfusion sanguine, a eu l'idée d'appliquer au lait maternel la méthode de conservation des produits sanguins, en testant avec le lait, les appareils du centre. Eureka, le système a fonctionné. En prime, l'ingénieux médecin a inventé la lyophilisation qui, sans détruire les qualités nutritives et immunologiques du lait maternel, le conserve, réduit en poudre. Le lactarium fut le premier au monde à initier cette trouvaille. « C'était un grand pas qui a permis de fournir les maternités et les hôpitaux en quête de lait pour les prématurés et les nourrissons malades », approuve Delphine Lamireau, pédiatre, consultante en lactation et responsable de l'unité du CHU.
Un équipement de nouvelle génération
Le nouveau lactarium construit sur le site de l'hôpital Haut-Lévêque à Pessac, sur 1 370 m², est doté d'un équipement de nouvelle génération, du high-tech efficace et… fidèle au docteur Fourcade.
Le don de lait, un acte généreux et encadré
L'allaitement en France
Aujourd'hui, entre 70 et 80 % des femmes allaitent en France, en sortant de la maternité. « De plus en plus depuis les affaires du lait en poudre contaminé, estime le Dr Lamireau. Ce chiffre tombe à 30 % au bout de trois mois d'allaitement : reprise du travail, manque d'accompagnement car, globalement, les professionnels de santé ne sont pas suffisamment formés. » La France est en deçà des autres pays européens, qui franchissent allègrement les 80 %.
2 000 donneuses par an
2 000 donneuses sur l'année délivrent leur lait, durant une période qui va d'un mois à deux ans. Il existe encore beaucoup de réticences dans l'Hexagone. Isabelle Courrege, responsable de la collecte, accompagne les 17 collectrices de la région, qui se rendent auprès des 2 000 donneuses réparties sur tout le territoire. Sa mission ne se limite pas à ce seul aspect et elle rappelle que le lactarium n'est pas seulement un service de don du lait. « Nous sommes centre de référence de l'allaitement, et nous assurons le suivi, depuis la maternité, où nous donnons des conseils aux futures et jeunes mères, des formations, une écoute de façon très individualisée. L'allaitement est le prolongement de la grossesse, on n'a jamais fait mieux que le lait maternel, quoi qu'on dise. »
Un processus rigoureux de collecte et de pasteurisation
Hygiène irréprochable
Hygiène impeccable oblige, on n'entre dans les « laboratoires », les frigos, que protégé de pied en cap, masqué, cagoulé, botté. Propre et sec en combinaison intégrale. 14 000 litres de lait cru maternel sont collectés ici chaque année et 8 000 litres distribués. Le stock de sécurité comprend en permanence 2 000 litres. « On jette tout ce qui est douteux, pas conforme, précise le Dr Lamireau. 20 % de la collecte est inutilisable, suite aux résultats d'analyses bactériologiques systématiques. »
De la collecte à la distribution
« Le lait qui arrive est décongelé dans une salle entre 0° et 4°, puis décontaminé. » Couloirs glacés immaculés, portes blindées, températures arctiques, les professionnels se croisent, échangent, leurs gestes sont parfaitement maîtrisés. Tous les mercredis matin, le camion-livreur se positionne devant une entrée de l'établissement, avec « sa récolte » de la semaine. Tous les quinze jours, les donneuses lui ont délivré le lait qu'elles ont recueilli, scrupuleusement congelé, biberon après biberon. Du sein au biberon, du congélo des mères au camion frigorifié, puis à la chambre froide du lactarium : les bibis ne voient pas le jour.
48 heures en quarantaine
Le lait réceptionné est trié, analysé, validé ou rejeté, rangé et classé dans un mega-frigo. C'est là, dans une température archi négative et habillés de doudounes aseptisées, que des professionnels non-frileux classent et collent les étiquettes sur chaque biberon, avec la provenance et la date de livraison du lait. « Mais avant tout traitement, remarque le Dr Lamireau, le lait qui arrive est décongelé dans une salle entre 0° et 4°, puis décontaminé. Ce n'est qu'ensuite qu'il sera acheminé dans une autre pièce, puis reconditionné en biberons, pasteurisé durant trente minutes à 62,5°. » La confection de pools de biberons est réalisée dans des salles en zone d'atmosphère contrôlée, comme dans un bloc opératoire. Après pasteurisation, les laits sont placés quarante-huit heures en quarantaine, avant d'être soumis à une validation bactériologique. C'est à ce moment qu'ils sont, soit détruits si non conformes, soit conservés et distribués dans les maternités.



