La tourterelle des bois (Streptopelia turtur), symbole des campagnes européennes, subit un déclin spectaculaire. Selon les données de BirdLife International, ses effectifs ont chuté de 78 % entre 1980 et 2015. En France, l'espèce est classée en « danger critique » sur la liste rouge nationale de l'UICN, et sa survie est compromise par deux facteurs principaux : la chasse excessive et la modernisation agricole.
Un oiseau migrateur menacé
Chaque printemps, la tourterelle des bois revient d'Afrique subsaharienne pour nicher en Europe. Mais ce voyage est de plus en plus périlleux. La chasse, notamment dans les pays méditerranéens comme la France, l'Espagne et Malte, prélève chaque année des centaines de milliers d'individus. « La pression cynégétique est insoutenable pour une espèce dont le renouvellement est déjà fragile », explique Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO).
L'agriculture intensive réduit les ressources alimentaires
La transformation des paysages agricoles aggrave la situation. La disparition des haies, des jachères et des prairies naturelles prive la tourterelle de graines sauvages et d'insectes nécessaires à son alimentation. L'usage massif de pesticides réduit encore les disponibilités. « Les champs de céréales deviennent des déserts alimentaires pour ces oiseaux », souligne un rapport de l'Office français de la biodiversité (OFB).
Des mesures de conservation insuffisantes
Face à l'urgence, l'Union européenne a fixé un quota de chasse réduit pour la saison 2023-2024, mais les associations estiment que ces mesures sont trop timides. La France a interdit la chasse de la tourterelle des bois pour l'année 2022-2023, une première historique. Pourtant, les populations continuent de baisser. « Un moratoire permanent est nécessaire pour permettre à l'espèce de se reconstituer », insiste la LPO.
Des actions locales pour inverser la tendance
Des programmes de restauration des habitats voient le jour, comme l'agroécologie et la plantation de haies. En Nouvelle-Aquitaine, des agriculteurs testent des bandes enherbées favorables à la tourterelle. « Chaque mètre de haie replanté est une chance pour l'espèce », explique un coordinateur du projet. Ces initiatives doivent être généralisées pour éviter la disparition de ce symbole des campagnes.
L'avenir de la tourterelle des bois dépendra de la volonté politique d'interdire totalement sa chasse et de transformer les pratiques agricoles. Sans cela, le roucoulement mélancolique qui berçait nos étés pourrait bientôt n'être plus qu'un souvenir.



