La paroisse Saint-Armenaire d'Antibes doit pousser les murs. Face à une hausse de 50 % des inscriptions au catéchuménat chez les adolescents et les adultes en un an, le père Laurent Giallo-Pierret, curé d'Antibes depuis septembre 2023, réorganise les locaux pour accueillir les nouveaux fidèles. Lors de la soirée de rentrée du catéchuménat, l'espace a manqué : plusieurs groupes d'échange ont dû se partager la même salle, séparés par des paravents. Le dimanche matin, un groupe de catéchisme s'installait même dans le hall d'entrée avec des chaises, faute de place dans les salles.
Une hausse de 50 % chez les adultes et les adolescents
Cette saturation logistique traduit un mouvement qui prend de l'ampleur sur l'ensemble de la commune, du territoire Grand Ouest et de la Côte d'Azur. « Depuis 4-5 ans, il y a un regain de la foi », observe le prêtre. Ce renouveau touche toutes les tranches d'âge, mais la dynamique varie selon les générations. Chez les 3-11 ans, la fréquentation reste stable avec 70 à 80 enfants inscrits au catéchisme. La véritable poussée s'observe au-dessus : la paroisse compte aujourd'hui une centaine de collégiens et lycéens. « Entre l'année dernière et cette année, on a eu une hausse de 50 % chez les adultes et les ados », précise-t-il.
Le boom des baptêmes d'adultes
C'est du côté des adultes que le virage est le plus spectaculaire. Alors qu'il y a une quinzaine d'années, la paroisse accompagnait un ou deux adultes vers le baptême par an, la situation a changé du tout au tout : « Cette année, on a 48 adultes qui se préparent à recevoir le baptême. C'est énorme. » Loin des clichés d'une pratique réservée aux seniors, la moyenne d'âge de ces nouveaux catéchumènes s'établit entre 25 et 35 ans. Cette jeunesse se retrouve aussi sur les bancs le week-end : sur les 12 messes célébrées chaque fin de semaine à Antibes, de la cathédrale jusqu'à la pinède à Juan-les-Pins, les lieux de culte sont régulièrement remplis. Ce flux s'ajoute à une activité paroissiale déjà dense, marquée par environ 300 baptêmes de bébés, 80 mariages et 500 obsèques célébrés par an.
Une génération en quête de repères
Pour le père Laurent Giallo-Pierret, ce retour vers l'Église s'explique de plusieurs manières : « Dans les années 80, beaucoup de parents ne baptisaient pas leur enfant pour leur laisser le choix plus tard. Nous sommes plus tard et ces enfants devenus adultes font leur choix. » Il y a aussi l'impact de la pandémie. « On était à promouvoir le matérialisme, qu'on peut trouver son bonheur dans tout ce qui est éphémère. Mais finalement, on s'aperçoit qu'avec le temps, ça ne tient pas », analyse le prêtre. Face aux incertitudes économiques, sociales et géopolitiques, l'institution religieuse offre un point d'ancrage. « Ils sont en recherche de sens, dans un monde où on a l'impression que tout part un peu n'importe comment. Les gens recherchent des points de repère, recherchent de la stabilité. Quand on voit la guerre aux portes de l'Europe, la crise sociale… Il y a une peur qui peut envahir l'être humain et, au-delà de la peur, il faut chercher l'espérance. »
Un catholicisme d'adhésion
Faut-il y voir un repli ? « Ce n'est pas ressenti comme un retour identitaire. C'est une démarche personnelle et un vrai engagement de foi », souligne le curé. Ce choix fort intervient pourtant dans un contexte institutionnel lourd, marqué par les révélations de scandales successifs : « Avec tous les cas d'abus sexuels qui ont entaché l'Église ces dix dernières années, à nouveau, on a des gens qui veulent bien faire confiance à l'Église. Et même pour nous, quelque part, c'est une note d'espérance. »
Pousse-pousse logistique et nouvelles habitudes
Pour répondre à cette demande croissante, la paroisse a dû revoir toute son organisation. Pour le baptême des adultes, les fidèles sont répartis en petits groupes de 6 à 8 personnes afin de faciliter la prise de parole. « Ils ont besoin d'appartenir à un groupe, à une fraternité, à une communauté », expose le prêtre. La demande est telle que la paroisse a dû ajouter une seconde permanence hebdomadaire de confession le jeudi après-midi au Sacré-Cœur, en plus de celle du samedi matin. Pour loger tout le monde, le curé cherche désormais à récupérer et réhabiliter des salles jusqu'ici prêtées à d'autres associations, tout en formant de nouveaux bénévoles pour l'encadrement. Une mutation profonde qui témoigne d'un changement d'époque : « On n'est plus dans un catholicisme de tradition où les parents faisaient baptiser leurs enfants parce que c'était la tradition. On est dans un catholicisme d'adhésion. Les gens qui viennent s'engagent librement et en adhérant vraiment. »
Un regain observé aussi à la paroisse Saint-Arnoux
Le regain de la foi observé à Antibes touche l'ensemble des paroisses à l'instar de celle de Saint-Arnoux qui regroupe plusieurs communes des Alpes-Maritimes, notamment Le Rouret, Roquefort-les-Pins, Opio, Le Bar-sur-Loup et Châteauneuf-Grasse. Ou de celle de Saint-Vincent-de-Lérins, plus à l'ouest, qui couvre le territoire de Cannes-La Bocca, Mandelieu et Théoule-sur-Mer. Face à la croissance du nombre de fidèles, la paroisse Saint-Arnoux lance la construction d'une église, un projet à 6 millions d'euros unique dans les Alpes-Maritimes, avec un appel aux dons.