La sitcom culte des années 1990, Friends, dont le dernier épisode a été diffusé il y a plus de vingt-deux ans sur une chaîne hertzienne, continue de fasciner les moins de vingt ans. Louison, 14 ans, confie : « Les acteurs et actrices sont trop cool. […] Parfois quand ils sont entre amis et qu’ils rigolent, je me retrouve comme quand mes copines et moi on rigole en classe ou à l’extérieur du collège. »
Une bande dessinée pour raconter les coulisses de la série mythique
Ce phénomène fait l’objet d’une bande dessinée, Nos meilleurs amis (Deman Edition), dans laquelle l’auteur Laurent Hopman, connu pour le best-seller Les Guerres de Lucas sur Star Wars, s’est penché sur les petits secrets d’une des séries les plus bingées de la télévision. « J’avais envie de raconter l’histoire de ce phénomène de la pop culture, d’une part parce que les coulisses de la création me fascinent, et d’autre part parce qu’on connaît finalement assez mal la manière dont on fabrique une sitcom », explique-t-il.
Celui qui faisait partie « des premiers aficionados » s’est longuement documenté pour relater avec précision les différentes étapes de fabrication de ce succès. « Pendant des mois, j’ai épluché tous les ouvrages, témoignages, interviews et documentaires qui existent sur la série. L’avantage de reconstituer le récit d’événements relativement anciens, c’est que les langues se délient avec le temps et l’on dispose aujourd’hui de confidences que l’on n’aurait pas eues à l’époque… », souligne Laurent Hopman.
Des thématiques universelles qui traversent les générations
Cette époque, c’était celle d’un monde sans portables, sans réseaux sociaux et sans plateformes de streaming. Un monde que les jeunes spectateurs n’ont jamais connu mais qui exerce sur eux une forme de fascination. Virginie Spies, maître de conférences à Avignon Université, analyste des médias et auteur de Succès Story, pourquoi les médias nous captivent ?, analyse : « On ne s’identifie pas seulement à une époque ou à ses objets, on s’identifie à des situations : chercher sa place, rater une histoire d’amour, changer de travail, avoir peur de grandir, se demander qui sera encore là demain. Les téléphones et les vêtements datent la série, mais ces inquiétudes beaucoup moins. Et il y a peut-être un attrait supplémentaire pour cette vie où les amis passent à l’improviste, où l’on se parle longtemps en face-à-face et où personne ne regarde son téléphone au milieu de la conversation. »
Laurent Hopman explique aussi la longévité de ce succès par la qualité du scénario et des situations décrites. « Le succès de Friends repose avant tout sur la qualité de son écriture, le travail de ses comédiens et le caractère universel de ses thématiques. Le dilemme de Ross et Rachel - étaient-ils séparés ou non quand il a couché avec la fille de la photocopie ? ! - est aussi pertinent aujourd’hui qu’il l’était à l’époque ! On s’identifiera toujours à l’inadéquation de Chandler, aux tocs de Monica, on rira toujours aux archétypes de Joey et Phoebe ! Et de manière plus générale, la dynamique de ces jeunes confrontés aux défis du monde adulte fera longtemps écho à ce que vivent les nouvelles générations », affirme-t-il.
L’amitié, un sujet central pour la génération Z
Le sujet de l’amitié a fait la Une de l’actualité il y a quelques semaines avec la proposition de la députée LFI et vice-présidente de l’Assemblée nationale Clémence Guetté de « légiférer » sur les relations amicales. Virginie Spies précise : « La série donne une place centrale à des liens que nos récits réservent souvent au couple ou à la famille. C’est ce qui rend la question actuelle intéressante : si l’amitié compte autant dans une vie, comment notre société la reconnaît-elle concrètement ? Friends a une force particulière : son sujet, c’est précisément le groupe. On ne revient pas seulement pour savoir ce qui arrive à Rachel ou à Chandler, on revient pour retrouver les six ensemble. »
Disponible sur TF1+, Max ou encore Netflix, le streaming a permis à une nouvelle génération d’avoir les 236 épisodes à portée de la souris d’ordinateur. « Friends se regarde très bien par fragments ou dans le désordre : on peut entrer dans cet univers presque à n’importe quel moment », précise Virginie Spies. Et c’est surtout une bonne occasion pour les parents de partager un souvenir de leur jeunesse avec leurs enfants. Laurent Hopman confie : « Avant que la série ne soit diffusée en France, j’étais déjà accro grâce aux cassettes qu'un copain m'envoyait depuis les US ! Friends fait partie de ces programmes réconfortants qui ne disparaissent jamais longtemps des écrans. Je viens d’ailleurs de me refaire les dix saisons avec mon fils, pour qui c’était le premier visionnage. Et il est déjà partant pour recommencer depuis le début… »
Nos meilleurs amis (Deman Edition), de Laurent Hopman et Isaac Jadraque, 24,90 euros, revient sur la genèse du succès de Friends et raconte de savoureuses anecdotes sur les acteurs, tous devenus des stars mondiales. L’ouvrage répond à des questions comme : pourquoi Jennifer Aniston (Rachel) a-t-elle bien failli ne jamais pouvoir jouer dans la série ? Quel rôle a joué David Schwimmer (Ross) pour assurer la cohésion du groupe ? Comment les créateurs Marta Kauffman et David Crane ont-ils réussi à imposer une série centrée sur de jeunes adultes ? Un ouvrage destiné aux fans de la première heure comme à ceux qui viennent de découvrir la série.