Les sœurs orthodoxes du monastère de Solan, situé à La Bastide-d'Engras dans le Gard, ont lancé une vente en ligne de leurs bouteilles de vin bio pour financer l'achat d'un nouveau tracteur. Leur ancien tracteur, acheté en 2009, est en fin de vie. L'objectif est de vendre 5 000 bouteilles pour couvrir une partie du coût, alors que les vendanges approchent.
Une communauté agricole née dans le Vercors
La communauté orthodoxe, rattachée à un monastère grec, a été fondée en 1981 dans le Vercors. À l'époque, les sœurs n'étaient pas agricultrices. Aujourd'hui, elles sont vingt, de neuf nationalités différentes. En s'installant à La Bastide-d'Engras, elles ont découvert un mas avec 60 hectares de terre, dont 8 hectares de vignes et 40 hectares de bois, riche en biodiversité. Sans formation agricole, elles se sont lancées dans l'agriculture bio avec une "bonne dose d'inconscience", selon sœur Iossifia, chargée de la communication.
Au début des années 1990, les difficultés étaient nombreuses. Le pionnier de l'agroécologie Pierre Rabhi les a encouragées à persévérer. L'association Terre et Humanisme, basée en Ardèche, leur a apporté un soutien précieux. Leurs terres servent aujourd'hui de terrain d'expérimentation pour des étudiants, notamment de Sup Agro, et des adultes en reconversion.
La viticulture, une activité centrale
Les sœurs ont commencé à vinifier dans des caves voisines. Leur première cuvée de rosé est sortie en 1996, suivie du rouge en 1997. Depuis 1999, elles vinifient sur place, aidées par un moine œnologue des îles de Lérins. La viticulture représente la moitié de leur activité. Elles produisent également des confitures, sirops, pâtes de fruits, et depuis une douzaine d'années, des conserves salées pour diversifier leurs sources de revenus.
Les défis du changement climatique
Le dérèglement climatique affecte durement le monastère. Depuis 2013, la grêle frappe chaque année les récoltes. En 2013, 60 % de la récolte a été perdue en dix minutes. La canicule et la sécheresse provoquent un stress hydrique. "On souffre beaucoup du manque d'eau", explique sœur Iossifia. La production de vin est passée de 30 000 bouteilles par an à 25 000. Les fraises ne peuvent plus être cultivées faute d'eau.
Pour s'adapter, les sœurs ont installé des voiles d'ombrage sur le jardin et cultivent de plus en plus sous serre, ce qui permet de réduire la chaleur et de cultiver en contre-saison. Elles économisent l'eau et expérimentent des techniques comme l'enherbement dans les vignes. "Avant, laisser de l'herbe dans la vigne, c'était une hérésie ! Alors que l'herbe est une alliée, elle maintient la vie du sol", souligne sœur Iossifia. Elles favorisent l'hydrologie régénérative pour retenir chaque goutte d'eau.
Une gestion responsable de la forêt
Le monastère possède 40 hectares de bois classés en site Natura 2000. Un petit ruisseau de 400 mètres de long, jamais à sec jusqu'en 2021, commence à souffrir du manque d'eau. Les sœurs se sentent responsables de cette terre et veillent à ce que leurs pratiques agricoles préservent la qualité de l'eau.
Vente et distribution
Les produits du monastère sont disponibles dans leur boutique sur place, dans certaines chaînes bio, et sur leur site internet. Pendant 21 ans, elles ont tenu un marché à Uzès, ce qui les a fait connaître. "Au départ, on était des extraterrestres : des femmes habillées en noir, qui font bio !", se souvient sœur Iossifia. Elles organisent aussi des visites guidées avec l'office de tourisme d'Uzès. La vente en ligne des bouteilles pour le tracteur est accessible via Divine Box.



