Claude Grison, la chimiste verte qui dépollue avec les plantes
Claude Grison, chimiste verte qui dépollue avec les plantes

Claude Grison, directrice de recherche au CNRS, a développé une technologie révolutionnaire qui utilise des plantes capables d'absorber les métaux lourds pour dépolluer les sols contaminés et recycler ces métaux. Cette approche, appelée « phytoextraction », est aujourd'hui déployée dans plusieurs sites industriels en France et à l'étranger, avec des résultats spectaculaires : jusqu'à 2 kg de zinc par hectare et par an peuvent être extraits de sols pollués.

La chercheuse, âgée de 58 ans, a fondé sa start-up, Eco-Metals, en 2014, après vingt ans de recherches en chimie organique. Son idée de génie : utiliser des plantes dites « hyperaccumulatrices », qui ont la capacité naturelle de concentrer des métaux comme le zinc, le nickel ou le cuivre dans leurs tissus. « Nous avons découvert que certaines plantes poussant sur des sols miniers peuvent contenir jusqu'à 1 % de leur poids sec en métal », explique-t-elle.

Une innovation née d'une observation botanique

L'histoire commence en 2008, lors d'une mission en Nouvelle-Calédonie, où Claude Grison étudie la biodiversité végétale sur des sols ultramafiques, riches en nickel. Elle remarque que certaines plantes locales, comme la Sebertia acuminata, ont une concentration exceptionnelle en nickel dans leur sève. « J'ai réalisé que ces plantes pouvaient être une solution naturelle pour dépolluer les sols tout en récupérant des métaux précieux », se souvient-elle.

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De retour en France, elle développe un procédé complet : elle cultive ces plantes sur des sites pollués, les récolte, puis les brûle pour récupérer les métaux dans les cendres. Ces métaux peuvent ensuite être réutilisés dans l'industrie, notamment pour fabriquer des catalyseurs ou des pigments. « C'est une économie circulaire parfaite : on dépollue, on recycle, et on crée de la valeur », souligne-t-elle.

Des résultats concrets sur le terrain

La start-up Eco-Metals a déjà traité plus de 10 hectares de sols pollués, principalement sur d'anciens sites miniers dans le sud de la France, comme à Saint-Laurent-le-Minier (Gard) ou à Carnoulès (Gard). Sur ce dernier site, l'arsenic a été réduit de 30 % en deux ans grâce à des plantes comme l'Alyssum murale. L'entreprise travaille également avec des industriels, notamment dans le secteur de la métallurgie, pour traiter leurs déchets.

Claude Grison a reçu de nombreux prix, dont la médaille d'argent du CNRS en 2016 et le prix de l'innovation de la Fondation de l'École polytechnique en 2018. Elle est également membre de l'Académie des technologies. « Cette reconnaissance m'aide à convaincre les industriels que la chimie verte est une vraie solution, pas une utopie », affirme-t-elle.

Une chercheuse engagée pour la planète

Au-delà de ses travaux, Claude Grison milite pour une recherche plus respectueuse de l'environnement. Elle a créé un réseau de chercheurs en chimie verte et donne de nombreuses conférences pour sensibiliser le grand public. « Il faut réinventer notre rapport à la chimie : elle peut être une alliée pour la planète, à condition de l'utiliser intelligemment », conclut-elle.

Avec sa technologie, elle ouvre la voie à une nouvelle génération de solutions de dépollution, à la fois économiques et écologiques. Ses travaux sont suivis de près par les grands groupes industriels, mais aussi par les collectivités locales confrontées à des sols contaminés. Un succès qui confirme que la nature a encore beaucoup à nous apprendre.

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