Transports : le coût met-il en péril les finances de l'agglo de Grasse ?
Transports : le coût menace-t-il les finances de l'agglo de Grasse ?

Le coût des transports au cœur des débats du conseil communautaire

Lors de la séance du 21 mai, le conseil communautaire du Pays de Grasse a validé les comptes de 2025 via le Compte financier unique (CFU). Un décalage temporel puisque le budget 2026 avait déjà été adopté plus d'un mois auparavant. Malgré cette anomalie, Paul Euzière, élu d'opposition grassois (Grasse à tous), a salué un document sérieux présentant une situation financière stable, avec un endettement encore contenu. Cependant, son principal motif d'inquiétude réside dans la dépendance croissante du budget communautaire au secteur très coûteux des transports.

Un budget transport colossal et peu soutenable

Paul Euzière a détaillé les chiffres : le budget transport affiche 16,570 millions d'euros en dépenses d'exploitation, un montant jugé élevé pour une agglomération de la taille de la CAPG. Ce budget ne s'équilibre qu'après des transferts massifs depuis le budget principal, à hauteur de 6,9 millions d'euros en 2025. Côté recettes, sur 17,48 millions d'euros, près de 16,1 millions proviennent de la fiscalité ou du budget principal, ce qui signifie que le réseau est financé à 97 % par des dotations publiques. La billetterie ne représente que 42.790 euros en 2025, soit à peine 0,24 % du financement. « À ce niveau, on pourrait quasiment mettre la gratuité », a ironisé l'élu, tout en précisant qu'il ne s'agissait pas d'une critique : aucun réseau de transport ne s'autofinance intégralement, surtout sur un territoire vaste, éclaté et aux contraintes topographiques fortes. Mais le problème, selon lui, est celui de l'échelle et de la soutenabilité.

Des dépenses futures inquiétantes

Face à un domaine qui absorbe une part croissante des marges financières de la CAPG, Paul Euzière s'interroge sur l'avenir. Les dépenses futures, notamment la flotte de bus électriques et le projet de Bus à haut niveau de service (BHNS) estimé à 70 millions d'euros, vont continuer d'augmenter. Il demande si la CAPG pourra maintenir durablement un mode de transport consommant plus de 16 millions d'euros par an, sans compter le BHNS, tout en continuant à financer les équipements publics, la gestion de l'eau, de l'assainissement, etc.

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La réponse du président : solidarité territoriale avant rentabilité

Le président Jérôme Viaud a reconnu le bien-fondé des observations : le réseau coûte très cher, avec une AOTU complexe, d'autant plus depuis le passage de Mougins dans l'agglo de Cannes, entraînant une perte de recettes d'environ 2 millions d'euros. Il a illustré la difficulté : « Quand vous arrivez à Saint-Auban, il n'y a pas 2.000 clients, et ça a un impact sur la desserte et la rentabilité. » Mais il a défendu un principe de solidarité territoriale, cher à la CAPG dans plusieurs domaines. « Notre territoire est très vaste, hétérogène, c'est sa singularité. Oui, le transport coûte très cher et pèse lourd dans nos équilibres budgétaires, mais il y a cette notion de solidarité que l'on porte et qu'on doit maintenir et assumer. » Il a également rappelé la politique incitative, comme la gratuité pour les seniors, estimant qu'on ne peut pas à la fois vouloir irriguer le haut et moyen pays en transport et se plaindre d'un système coûteux.

Un dépôt de bus enfin en construction

Dans le cadre de la délégation de service public (DSP) engagée en 2023 pour le réseau Sillages, le délégataire Moventis s'est engagé à construire, à ses frais (15 millions d'euros), un dépôt de bus au 300, route de Cannes. La CAPG avait mis à disposition un terrain, mais des études ont révélé des contraintes, notamment l'impossibilité de stationner l'ensemble des lignes urbaines et scolaires sur ce seul site. Le 21 mai, les élus ont donc acté l'achat d'un terrain mitoyen à Auchan pour 400.000 euros, permettant le démarrage des travaux dans les prochaines semaines. Cet achat a été adopté à la majorité, avec les abstentions de Paul Euzière, Yamina Ghalouni et Leïla Tonnerre (Grasse).

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Des critiques sur le calendrier

Paul Euzière a rappelé que le dépôt devait être achevé au 1er juillet 2025. « S'il faut ce terrain complémentaire, c'est que le terrain initial n'allait pas », a-t-il souligné. Le président Jérôme Viaud a évoqué des contraintes hydrauliques nécessitant des solutions, tandis que Paul Euzière a repris un échange avec Claude Serra, maire du Tignet et vice-président en charge des mobilités : « Il disait que ce n'était pas la faute de Moventis, ni de la CAPG, mais de l'administration de l'État. On demande juste le respect du contrat et du calendrier. Et s'il n'est pas respecté, c'est que le terrain ne convenait pas. » Jérôme Viaud a rappelé que le dépôt reviendra à la CAPG en 2032 à l'issue de la DSP, mais cela n'a pas influencé les trois élus grassois, qui ont maintenu leur abstention.