L'A9, une autoroute née dans les années 1970 pour relier le Nord à l'Espagne
L'A9, une autoroute née dans les années 1970

L'autoroute A9, longue de près de 300 kilomètres, a été construite dans les années 1970 pour relier la vallée du Rhône à l'Espagne, en longeant le littoral languedocien et roussillonnais. Ce chantier colossal, lancé pour absorber les flux touristiques et économiques, a suivi le tracé de l'ancienne Via Domitia, la première grande route romaine en Gaule.

Un héritage antique sous l'asphalte

L'A9 n'est pas née de rien. Elle reprend presque fidèlement le corridor de la Via Domitia, construite vers 118 av. J.-C. entre le col du Perthus et la région d'Avignon. Les ingénieurs romains avaient eux-mêmes suivi des chemins plus anciens, comme la voie héracléenne qui longeait le littoral à l'époque grecque, passant par Lattara (Lattes) et Agathé (Agde). L'urbaniste Philippe Barjaud souligne dans son livre L'extraordinaire aventure de la Via Domitia en Occitanie que l'aménagement du territoire des années 1960 a suivi le même axe que les Romains, de grands précurseurs.

Une réponse au boom du trafic et du tourisme

Dans les années 1960, l'État a lancé la Mission Racine pour aménager le littoral languedocien et attirer les touristes du nord. Des stations balnéaires comme La Grande Motte ont vu le jour, mais il fallait une route capable d'absorber des millions de véhicules. L'A9 a permis de désengorger les routes nationales 9 et 113, qui traversaient les centres-villes, comme Montpellier où la place de la Comédie était devenue irrespirable. L'axe a aussi valorisé le corridor européen reliant le nord de l'Europe à la péninsule ibérique.

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Une construction par étapes

Les premières études ont débuté en 1957, et le projet a été déclaré d'utilité publique. La mise en service s'est faite par tronçons : le premier, le contournement de Montpellier, a ouvert le 18 décembre 1967. En 1971, la construction du tronçon Narbonne-Le Perthus a commencé, numéroté B9, avant que l'ensemble ne prenne le nom d'A9 en 1982. La concession a d'abord été confiée à la Société de l'Autoroute de la Vallée du Rhône (SAVR), puis à Autoroutes du Sud de la France (ASF), privatisée en 2006 au profit de Vinci.

Des défis techniques et humains

Le chantier a dû franchir le Rhône avec un pont aux fondations profondes, consolider les marais entre Nîmes et Montpellier, et traverser les Corbières avec de nombreux ponts et viaducs. Le vent, tramontane et mistral, a compliqué les travaux. Deux drames ont marqué le chantier en 1975 : une chute de grue a causé la mort de neuf ouvriers, et un autre ouvrier est décédé après avoir été heurté par une poutre. Les syndicats ont dénoncé des cadences infernales.

Des élargissements nécessaires

Dès 1987, l'explosion du tourisme et des échanges avec l'Espagne a obligé à élargir les sections les plus fréquentées à deux fois trois voies. Les travaux se sont étalés sur plus de trente ans, avec un dernier chantier achevé en 2020 entre Le Boulou et Le Perthus, pour un coût de 180 millions d'euros. En 2017, l'A9 a été transformée en rocade urbaine gratuite sur 23 kilomètres à Montpellier (A709), tandis qu'une nouvelle A9 a été construite en parallèle pour 800 millions d'euros. L'ouverture complète en 1978 a aussi eu des conséquences économiques, comme la chute de 80 % du chiffre d'affaires des commerçants du Perthus.

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