L'entrepreneuse Tara Heuzé-Sarmini, fondatrice de l'association Règles Élémentaires, a été condamnée par le tribunal de Lille après avoir publié sur LinkedIn une insulte sexiste reçue en privé. La décision, rendue le 4 septembre, lui ordonne de supprimer son post sous astreinte de 150 euros par jour et de verser 1 500 euros de frais de justice. Elle a fait appel de cette décision.
Une réponse insultante après un refus courtois
Fin août, Tara Heuzé-Sarmini reçoit une proposition pour rejoindre le « Band of Brothers Membership », un réseau d'entrepreneurs. Elle décline avec humour : « Bonjour, peu probable que je rejoigne un écosystème de bros » (diminutif de « brother », soit « frère » en français). Quatre minutes plus tard, la réponse tombe : « On va créer band of connasses. Nous penserons à vous pour un rôle d'ambassadrice. Vous semblez en avoir toutes les caractéristiques ».
« J'ai été estomaquée qu'il prenne le temps de faire cette réponse avec une telle rapidité et une telle escalade dans la violence », raconte Tara Heuzé-Sarmini au Parisien. « Être insultée en ligne, c'est le lot de beaucoup de femmes. C'est loin d'être une première en ce qui me concerne ».
Un post viral et une procédure éclair
Cette fois, elle décide de ne pas laisser passer. Le lendemain, elle publie une capture de l'échange sur LinkedIn. Le post devient viral. « Cela va bien au-delà de cet homme, il n'est que la pointe d'un climat masculiniste dans lequel nous baignons, renforcé par le sentiment d'impunité des auteurs de violences. Il faut que cela cesse », affirme-t-elle.
L'auteur du message la met alors en demeure, puis saisit la justice. « Je croyais que c'était une tentative d'intimidation », reconnaît-elle. Le 4 septembre, le tribunal de Lille la condamne à 1 500 euros de frais de justice et lui ordonne de supprimer son post sous astreinte de 150 euros par jour.
« J'ai été assignée en justice en 48 heures. Condamnée 24 heures plus tard. À Lille, à plus de 200 kilomètres de chez moi. Sans avoir pu être présente ni représentée à l'audience pour me défendre », explique l'entrepreneuse à France 3 Régions. La décision a été rendue après un référé heure à heure, une procédure d'urgence permettant une audience en quarante-huit heures. Tara Heuzé-Sarmini assure ne pas avoir été informée à temps pour pouvoir se défendre.
Une « procédure-bâillon » dénoncée par des associations
« Je suis révoltée. Si j'avais porté plainte pour injure sexiste, cela aurait pris des mois », dénonce-t-elle. L'entrepreneuse a fait appel. Son post, lui, est toujours en ligne et une cagnotte destinée à financer sa défense a dépassé les 40 000 euros.
Une dizaine d'associations, dont la Fondation des Femmes et Féministes contre le cyberharcèlement, dénoncent une « procédure-bâillon » et pointent le contraste entre une décision obtenue en 48 heures et les délais parfois très longs rencontrés par les victimes de violences sexistes, indique France 3.
Depuis, l'auteur du message a présenté publiquement ses excuses, reconnaissant des termes « déplacés, inutilement blessants », sans évoquer la procédure judiciaire toujours en cours.



