Au Grau-du-Roi, les pêcheurs bloquent Fos et ferment la criée
Grau-du-Roi : pêcheurs en colère, criée fermée

Depuis mardi 15 septembre, la criée du Grau-du-Roi est fermée et les 17 chalutiers qui lui sont rattachés n'ont pas pris la mer la veille. Les 80 patrons de petits métiers sont également restés à quai, tous les marins-pêcheurs étant réunis pour une durée indéterminée dans un mouvement général de grogne qui fédère la profession sur tout l'arc méditerranéen. Le mouvement, inédit, touche tous les représentants du secteur, du pêcheur de tellines au patron de thonier senneur.

Blocage d'un dépôt pétrolier à Fos-sur-Mer

Aux alentours de midi, de retour de Fos-sur-Mer où des dizaines de pêcheurs bloquaient depuis l'aube un dépôt pétrolier pour protester contre le prix du carburant et la dégradation de leurs conditions de travail, Mathieu Chapel, également président du comité départemental des pêches du Gard, est hors de lui. « Choisir de faire charger les CRS contre ceux que l'on a longtemps loués comme les "nourrisseurs de la France", c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase… En plus de ne pas nous écouter, maintenant, l'État français ne nous protège même plus ! Là où on se trompe, c'est que plutôt que d'abandonner le combat, les pêcheurs choisiront toujours de mourir dans l'honneur ! », lance le trentenaire.

Le mouvement fédère de façon inédite tous les professionnels de la mer. « Du pêcheur de tellines, jusqu'au patron de thonier senneur, on fait front, main dans la main ! », constate Mathieu Chapel, patron du petit métier La Pommette au Grau-du-Roi.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

La criée indépendante, un modèle menacé

Dominique Duprat, patron du Matthias Thomas et président de la Socomap, cette coopérative qui regroupe tous les marins-pêcheurs du Grau-du-Roi, gestionnaires autonomes de la criée de la cité gardoise, exprime son désarroi : « Mon fils Thomas aimerait bien reprendre mon chalutier et j'en serais fier. Mais à présent, je suis entre le marteau et l'enclume… Je n'ai pas envie qu'un jour il se pende, à l'image d'un fils d'agriculteur, parce qu'il n'y arriverait plus ! »

La criée du Grau-du-Roi est la seule criée indépendante de France où, chaque après-midi, le poisson est vendu en direct dès le retour de mer, aux professionnels de la marée (mareyeurs, grossistes, poissonniers). Sa fermeture, même temporaire, inquiète pour l'avenir de toute la filière.

Le plan West-Med et la crainte de dépôts de bilan

Vents debout, d'abord contre le Plan européen « West-Med » réglementant la pêche des chalutiers (taille des mailles des filets, nombre de jours autorisés sur l'année de sortie en mer) au nom de la préservation de la ressource, les pêcheurs gardois s'inquiètent des futurs dépôts de bilan à venir. « Par manque de volumes, les seuls petits métiers, bien que polyvalents, ne permettraient pas aux criées de continuer à fonctionner. Qu'est-ce qu'on attend au juste, la disparition de toute une filière ? », interroge à son tour Pierre Blames, directeur de la criée graulenne, rappelant qu'ici « d'un seul emploi en mer dépendent, à ce jour, près de cinq emplois sur terre ».

Si au Grau-du-Roi comme ailleurs sur la façade méditerranéenne, le mouvement de grève et la colère des pêcheurs ne semblent pas près de s'arrêter, Mathieu Chapel demande une prise en compte spécifique de ces artisans de la mer Méditerranée, que ce soit à l'échelle nationale ou européenne : « Que l'on soit patron de chalutier ou de petit métier, nous sommes tous des travailleurs responsables. Et les représentants dignes et fiers de la filière alimentaire durable du poisson sauvage. Il est urgent que l'on soit reconnus comme tels par ceux qui nous gouvernent. Et ce, avant qu'il ne soit trop tard ! »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale