Le procès de Kevin, 16 ans, accusé d'avoir tué Maëva Torres, 27 ans, de 17 coups de couteau le 22 août 2023 à La Paillade, s'est ouvert devant la cour d'assises des mineurs de l'Hérault. L'audience se tient finalement en public. L'adolescent, qui avait 16 ans depuis dix jours au moment des faits, encourt 15 ans de réclusion criminelle, voire 30 ans si la cour décide de le juger comme un adulte.
Un crime aux raisons mystérieuses
« Qu'est-ce qui se passe dans votre tête à ce moment-là ? » a demandé le président de la cour. « Franchement, même moi aujourd'hui je me pose encore la question. Maëva, je ne voulais pas la tuer, c'est quelqu'un que j'aimais bien, elle venait à la maison avec ma mère, mes sœurs… » a répondu Kevin, un jeune homme dégingandé aux cheveux bouclés, dont le parcours laisse sans voix.
Ce 22 août 2023, sur un parking près des archives de Pierres Vives, la rencontre entre Kevin et Maëva a viré au drame. « Je voulais la voir pour qu'elle m'arrange l'histoire, je pensais qu'elle allait me dire ouais direct, qu'on allait trouver une solution, et ça s'est pas passé comme ça. On s'est disputés, j'ai sorti le couteau, et franchement, les 17 coups, je me rappelle même pas », a-t-il expliqué.
Deux parcours marqués par la violence
Le procès remonte le parcours des deux êtres, grandis dans les quartiers sensibles de Montpellier. Maëva, après le divorce de ses parents, rejoint son père au Mas Drevon à l'adolescence, puis adopte la communauté gitane à la Mosson. « Elle y trouve un fort sentiment d'appartenance familiale », a relevé l'enquêtrice. Elle quitte le collège à 16 ans pour son petit ami, se marie traditionnellement, a deux enfants avec lui, puis un deuxième compagnon avec qui elle a deux autres enfants. « Tous les proches de Maëva font état de violences conjugales à son égard », a précisé l'enquêtrice. Son dernier compagnon, une relation cachée pendant un an, traficotait des cigarettes de contrebande au quartier.
Kevin, lui, « a grandi dans un milieu parfaitement violent et peu structurant », a soupiré l'éducatrice qui retrace son parcours. Un père délinquant, violent, toxicomane, une mère battue qui quitte son conjoint en abandonnant son fils de deux ans. « C'est dans la coutume gitane quand on quitte le domicile conjugal. Je l'ai laissé au papa, j'ai pas pu m'occuper de lui, j'ai fait ce que j'ai pu », a-t-elle déclaré. Les deux parents ont été incarcérés, le père l'est actuellement pour violence.
Un processus d'annihilation
Battu par son père, forcé parfois de participer à ses délits, Kevin a déclaré à la psychologue : « Depuis que je suis petit, j'ai peur. » À 14 ans, il appelle le commissariat pour dénoncer les violences paternelles. Il passe deux ans entre foyers, placements chez la grand-mère paternelle et fugues. Ses sentiments envers son père ? « De la haine et de la honte », a dit une psychologue. Il se déscolarise, travaille comme guetteur sur les points de deal à Aiguelongue, envoie des plus petits faire du racket. En avril 2023, il retourne au commissariat demander à être protégé du réseau : « Si je retourne chez les grands-parents, je vais finir en prison, ou je serai mort », dit-il au juge pour enfants. Il a 15 ans, il reste quatre mois à vivre à Maëva.
En juillet 2023, il vole 1 500 € chez le compagnon de la jeune femme, lequel lance ses frères à sa poursuite et diffuse sa photo sur les réseaux. Kevin est banni de La Paillade. Il rembourse un peu, se cache, jusqu'au soir du drame où il revient au quartier, croise Maëva, et lui donne rendez-vous sur un parking.
Le psychiatre Claude Aiguesvives a posé les mots sur ce passage à l'acte : « C'est un processus d'annihilation. Il ne s'agit pas simplement de blesser, mais de supprimer l'existence de l'autre. Nous sommes dans des violences qui ressemblent à des violences de guerre. Quelque chose de très primaire, très archaïque. »
Kevin risque 15 ans de réclusion, et jusqu'à 30 ans si la cour, comme la loi le prévoit pour les crimes commis après 16 ans, décide de le juger comme un adulte. La cour d'assises des mineurs doit désormais éclaircir les raisons de ce crime qui restent mystérieuses.



