Le président de la SNCF, Jean Castex, a limogé ce jeudi 21 juillet le PDG de SNCF Voyageurs, Christophe Fanichet, avec effet immédiat. Cette décision, annoncée en conseil d'administration, marque un tournant dans la gouvernance du groupe ferroviaire public.
Un limogeage brutal pour cause de désaccords stratégiques
Selon des sources internes, le départ de Christophe Fanichet intervient après des mois de tensions avec la direction générale. Castex, en poste depuis novembre 2021, lui reprochait une gestion trop autonome et des choix commerciaux jugés trop agressifs, notamment sur la baisse des prix des billets TGV, qui auraient fragilisé la rentabilité de la branche voyageurs. Le PDG sortant avait également pris des décisions unilatérales sur le déploiement des trains à grande vitesse low-cost, sans consulter suffisamment la maison mère.
Fanichet, 55 ans, était à la tête de SNCF Voyageurs depuis 2019. Il avait été nommé sous la présidence de Guillaume Pepy, prédécesseur de Castex. Son départ brutal a surpris les observateurs, d'autant que la branche voyageurs affichait des résultats en amélioration : le chiffre d'affaires a progressé de 12% au premier semestre 2022, à 4,8 milliards d'euros, porté par une reprise du trafic post-Covid.
Castex renforce son emprise sur le groupe
Ce limogeage s'inscrit dans une stratégie de recentrage des pouvoirs autour de Jean Castex. L'ancien Premier ministre, nommé à la tête de la SNCF en 2021, entend imposer une vision plus centralisée et plus prudente sur le plan financier. Il a notamment exigé un retour à l'équilibre des comptes d'ici 2024, après les pertes massives liées à la pandémie. En 2021, la SNCF a enregistré une perte nette de 2,1 milliards d'euros, et la dette nette du groupe atteignait 25 milliards d'euros fin 2021.
Selon une source proche du dossier, Castex souhaite également contrôler plus étroitement les investissements, notamment dans le matériel roulant et les lignes à grande vitesse. Il aurait critiqué les projets de Fanichet d'étendre l'offre low-cost Ouigo, qui cannibalise les TGV classiques sans générer les marges attendues.
Une succession ouverte, des inquiétudes parmi les syndicats
En attendant la nomination d'un successeur, la direction de SNCF Voyageurs est confiée à titre intérimaire au directeur général délégué, Alain Krakovitch. Les syndicats ont réagi avec prudence. La CGT-Cheminots a dénoncé une "méthode brutale" et craint une "remise en cause de la stratégie commerciale qui a permis de reconquérir des clients". L'UNSA-Ferroviaire a appelé à "un débat transparent sur la stratégie du groupe".
Le gouvernement, actionnaire unique de la SNCF, n'a pas commenté officiellement, mais des sources ministérielles indiquent que Bercy suit de près la situation. La ministre des Transports, Clément Beaune, doit rencontrer Jean Castex la semaine prochaine pour évoquer la feuille de route du groupe.
Un précédent dans la gestion de Castex
Ce n'est pas la première fois que Jean Castex écarte un dirigeant depuis son arrivée à la SNCF. En janvier 2022, il avait déjà remplacé le directeur de SNCF Réseau, Patrick Jeantet, par un proche, Luc Lallemand. Cette nouvelle décision confirme sa volonté de s'entourer de cadres alignés sur sa vision, quitte à braquer les syndicats et une partie de l'encadrement.
Selon un analyste du secteur ferroviaire, "Castex applique à la SNCF les méthodes qu'il a connues à Matignon : une direction resserrée et une communication verticale. Mais cela pourrait se heurter aux réalités d'une entreprise publique aux multiples contraintes sociales et budgétaires".



