A9 : la sortie fantôme de Mèze pourrait enfin sortir du placard
A9 : la sortie fantôme de Mèze pourrait enfin sortir

Le dossier semblait définitivement enterré. Depuis un demi-siècle, la bretelle de Mèze, seule sortie « fantôme » des 280 kilomètres de l’A9, n’a jamais servi. Pourtant, au printemps 2026, le projet de la réactiver est officiellement relancé. À la demande du préfet de l’Hérault, le maire de la cité du Bœuf, Thierry Baëza, a remis sur la table un dossier qu’il avait déjà inscrit dans ses deux dernières campagnes électorales.

Située au nord de Sète, entre les points kilométriques 134 et 133, cette bretelle est aujourd’hui condamnée par des parapets en béton dans le sens Sud-Nord. Derrière cette ceinture, la voie de décélération est toujours là, ainsi que la bretelle d’accès, avec une vue imprenable sur l’étang de Thau, ses parcs à huîtres et la montagnette de Sète. La nature a peu à peu repris ses droits sur l’asphalte. Les seuls passages réguliers sont ceux des gendarmes, qui utilisent ponctuellement les lieux pour y installer leurs radars mobiles.

Le débouché sur la D51, entre Mèze et Marseillan, sert de temps à autre d’aire de stockage. Mais l’histoire retient surtout le refus catégorique du maire des années 1970, porte-parole d’une population mézoise hostile à l’ouverture. Son slogan, resté célèbre, résume l’état d’esprit : « Allez bronzer en Espagne et laissez-nous tranquilles à Mèze. » La partie du corps à exposer au soleil étant, selon les témoins de l’époque, des plus explicites.

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Un retournement porté par le préfet et l’Agglo de Sète

Il aura fallu un demi-siècle pour que la donne change. En 2025, le représentant de l’État a soumis à Thierry Baëza la possibilité de financer des études en vue d’ouvrir une sortie « Mèze ». Un budget que la commune ne peut assumer seule. La réponse est venue en mars 2026, avec la création d’une entente intercommunale par l’Agglo de Sète. Son objectif : « organiser et formaliser un espace de dialogue, financer et piloter les études préliminaires, disposer d’un cadre juridique permettant de solliciter des financements externes et disposer d’une visibilité et d’une unité dans les démarches ».

Parallèlement, des discussions ont été engagées avec la direction de Vinci Autoroutes, gestionnaire de l’A9. Le maire de Mèze se veut réaliste sur le calendrier : « Une dizaine d’années », estime-t-il. Il faudra aussi déterminer l’emplacement exact de la future sortie dans le sens Sud-Nord, un point encore en suspens.

26 000 véhicules par jour : l’argument du trafic

Pour le maire, les bénéfices sont évidents. Lors de la création de l’entente, en mars dernier, il a mis en avant les chiffres du trafic local : « On a 26 000 véhicules par jour dont plus de 1 200 poids lourds. » Ces véhicules traversent aujourd’hui Mèze pour rejoindre l’A75 ou le péage de Poussan. Une sortie opérationnelle permettrait de dérouter une partie significative de ce flux, soulageant le centre-ville et les voiries communales.

La sécurité est aussi un argument clé. Ce tronçon de l’A9, long de 25 kilomètres, ne comporte aucune sortie intermédiaire. En cas d’accident grave, d’inondation ou de fermeture de l’axe, l’absence d’issue contraint les automobilistes à rester piégés sur l’autoroute. La nouvelle bretelle offrirait une échappatoire précieuse. Le projet est d’ailleurs déjà inscrit dans le Schéma de cohérence territoriale (Scot) de l’Agglo et dans le Plan local d’urbanisme (Plu) de Mèze, ce qui accélère les procédures.

Un dossier au long cours qui divise encore

Reste que l’ouverture de cette sortie n’est pas gagnée. Les études préliminaires doivent encore être diligentées, puis le financement bouclé. Le maire reconnaît que le chemin sera long, même si l’infrastructure existe déjà en partie. « Une dizaine d’années », a-t-il répété à plusieurs reprises. D’ici là, les automobilistes continueront de longer les parapets en béton, sous l’œil des gendarmes, tandis que la sortie fantôme de Mèze attendra, dans son écrin de garrigue, l’issue d’un dossier que personne n’aurait cru voir renaître.

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