Vivian Vidal, qui dirige le cabinet montpelliérain id-rezo, spécialisé dans le conseil à l'industrie du tourisme, livre une analyse détaillée des mutations du secteur. Selon lui, le tourisme de 2026 « n'a plus grand-chose à voir avec celui des années 1980, 1990 ou même 2000 ». Il a profondément évolué dans les volumes, les comportements, les attentes, l'offre, les prix et les périodes de fréquentation.
Un secteur qui reflète les transformations de la société
Pour Vivian Vidal, cette évolution est logique : le tourisme est une activité en mouvement permanent parce qu'il reflète directement les transformations de la société. « Nos modes de vie évoluent, notre pouvoir d'achat évolue, notre rapport au temps, au travail, à la famille, aux loisirs ou encore à l'environnement évolue… et le tourisme évolue avec ! » explique-t-il. Il n'y a pas eu de déclic unique, mais une adaptation continue aux changements sociaux, économiques et technologiques.
Les arbitrages budgétaires, l'organisation familiale, le télétravail, les transports, les plateformes de réservation ou la recherche d'expériences plus personnalisées influencent immédiatement les destinations et les professionnels. « Le tourisme doit donc s'adapter en permanence : dans ses offres, ses prix, ses saisons, ses hébergements, ses services et sa manière de communiquer », ajoute le consultant. Cette adaptation repose en grande partie sur une multitude de petites entreprises touristiques : hébergeurs, restaurateurs, prestataires d'activités, guides, commerçants.
Fragmentation des vacances et étalement de la fréquentation
Deux phénomènes marquent particulièrement l'évolution actuelle : la fragmentation des vacances et l'étalement de la fréquentation dans l'année. Autrefois, les vacances reposaient sur un ou deux grands séjours annuels, souvent longs. Aujourd'hui, les départs sont plus nombreux mais plus courts : week-ends prolongés, courts séjours, escapades en couple ou entre amis. En Occitanie, ce mouvement est observé depuis le début des années 2010, avec une concentration sur juillet et août qui s'atténue au profit du printemps, notamment du mois de mai.
Vivian Vidal insiste sur l'importance de l'indicateur des nuitées : « Il faut faire attention à ne pas regarder uniquement le nombre de touristes. Cet indicateur ne veut pas dire grand-chose, il faut surtout observer le nombre de nuitées et la dépense totale générée sur le territoire. » Un couple qui reste trois semaines peut produire davantage de retombées qu'un groupe de dix personnes présent deux nuits.
Le changement climatique, une question structurelle
Le changement climatique participe à l'évolution du tourisme, mais à deux niveaux distincts. À court terme, le tourisme a toujours été dépendant de la météo : une chute de neige, une période de pluie ou plusieurs semaines de beau temps modifient immédiatement les réservations. À plus long terme, la question est structurelle : que se passera-t-il si les épisodes de canicule, de sécheresse ou d'incendie deviennent plus fréquents ? Les images diffusées peuvent affecter l'attractivité d'une destination, et les professionnels devront adapter leurs hébergements, équipements, horaires et activités.
Vivian Vidal appelle à la prudence : « Il ne faut pas confondre une réaction ponctuelle à la météo avec une tendance climatique de long terme. » Il souligne la nécessité de disposer de données fiables et d'observer les évolutions sur plusieurs années avant de tirer des conclusions définitives.
Les destinations intérieures et l'itinérance en plein essor
Concernant l'attractivité du littoral versus l'intérieur, Vivian Vidal préfère parler de « destinations rurales, de campagne, de montagne ou de territoires intérieurs » plutôt que d'« arrière-pays ». Le littoral et la Méditerranée restent des moteurs d'attractivité considérables, mais la fragmentation des vacances crée de nouvelles possibilités pour les destinations intérieures. L'itinérance à pied ou à vélo connaît une dynamique très forte, avec environ huit millions d'adeptes français de l'itinérance pédestre sur plusieurs jours, selon le consultant.
Pour en profiter, il faut structurer l'offre : hébergements adaptés, services organisés, information des visiteurs et accompagnement des professionnels. « Une destination touristique ne se décrète pas, elle se construit avec tous les acteurs du territoire », affirme Vivian Vidal.
Les atouts de la région et la nécessité de se démarquer
Le premier atout de la région reste la Méditerranée et son climat, mais cela ne suffit pas. La différence repose sur un littoral encore largement protégé et naturel, ainsi que sur la diversité des expériences : littoral, espaces naturels, villes, villages, patrimoine, gastronomie, montagne et grands itinéraires. Des sites comme la Cité de Carcassonne ou le Pont du Gard sont comparés par Vivian Vidal à des « tours Eiffel territoriales » : ils peuvent déclencher un déplacement et donner une visibilité internationale à toute une destination.
Cependant, ces atouts ne garantissent pas l'avenir touristique de la région. « Notre région est belle et attractive mais elle évolue dans un environnement extrêmement concurrentiel », prévient-il. L'enjeu est de transformer ces atouts en expériences désirables et adaptées aux attentes contemporaines, en travaillant sur la qualité de l'accueil, les mobilités, les services, le rapport qualité-prix et la répartition de la fréquentation. Il faut surtout accompagner les entreprises touristiques, souvent de petites structures, qui font vivre le tourisme au quotidien.



