Entre 2019 et 2024, le pouvoir d'achat du salaire net n'a progressé que pour un métier sur trois dans le secteur privé, selon une étude de l'Insee publiée ce jeudi. Sur les 450 professions examinées, seulement 150 ont vu leur salaire net augmenter plus vite que l'inflation, tandis que 300 ont subi une baisse.
Une hausse médiane de 0,6% par an
Pour les métiers ayant connu une progression, la hausse médiane du pouvoir d'achat est de 0,6% par an, soit une augmentation totale de 3% sur cinq ans. À l'inverse, les métiers en perte de pouvoir d'achat ont enregistré une baisse médiane de 0,7% par an, soit une perte cumulée de 3,5%.
Les écarts sont marqués selon les secteurs. Les métiers les mieux lotis sont ceux de l'informatique, des télécommunications et de la finance, avec des hausses allant jusqu'à 1,5% par an. À l'opposé, les métiers de l'hôtellerie-restauration, du commerce de détail et de la construction ont subi les plus fortes baisses, parfois supérieures à 1% par an.
Le salaire net moyen en hausse, mais pas pour tous
L'Insee souligne que le salaire net moyen dans le privé a augmenté de 1,1% par an en euros constants sur la période, mais cette moyenne cache des disparités importantes. « La progression du salaire moyen est tirée par les hauts salaires, tandis que les bas et moyens salaires stagnent ou reculent », explique l'institut.
Selon l'étude, les métiers les plus qualifiés (cadres, professions intellectuelles) ont bénéficié d'une hausse de 0,9% par an, contre seulement 0,2% pour les employés et ouvriers. Les femmes sont également plus touchées : dans 40% des métiers à prédominance féminine, le pouvoir d'achat a baissé, contre 30% dans les métiers mixtes.
L'impact de l'inflation et des négociations salariales
L'inflation, qui a atteint 5,2% en 2022 et 4,9% en 2023, a érodé le pouvoir d'achat de nombreux salariés. « Les revalorisations salariales n'ont pas suivi le rythme de l'inflation, en particulier dans les secteurs où les conventions collectives sont peu protectrices », note l'Insee.
Les métiers où les salaires sont fixés par des accords de branche ont mieux résisté, avec une hausse médiane de 0,4% par an, contre une baisse de 0,3% pour ceux sans accord. Les négociations salariales en entreprise ont également joué un rôle, mais seulement 20% des salariés ont bénéficié d'une augmentation individuelle.
Des perspectives contrastées pour 2025
Pour 2025, l'Insee prévoit une légère amélioration, avec une inflation attendue à 2,1% et une croissance des salaires de 2,5% en moyenne. Cependant, les disparités devraient persister, notamment dans les métiers peu qualifiés et les secteurs en difficulté.
« La situation reste fragile pour une grande partie des travailleurs, et les politiques salariales devront être plus ciblées pour éviter un décrochage », conclut l'institut.



