Une avocate internationale a porté des accusations graves contre Karim Khan, le procureur général de la Cour pénale internationale (CPI), dans un témoignage exclusif accordé à Libération. Elle affirme avoir été victime d'agressions sexuelles de sa part et décrit un comportement systématique d'intimidation et de harcèlement.
Des faits répétés et un climat de peur
L'avocate, qui a requis l'anonymat par crainte de représailles, raconte que les faits se sont déroulés entre 2018 et 2020, alors qu'elle collaborait avec Khan sur des dossiers sensibles. Selon elle, le procureur aurait profité de sa position de pouvoir pour imposer des contacts physiques non consentis, allant de caresses forcées à des baisers, et aurait tenu des propos à connotation sexuelle explicite. "Si vous connaissez Karim Khan, vous savez qu'il ne vous demande pas votre avis", déclare-t-elle, résumant un mode opératoire qu'elle qualifie de "prédateur".
Elle n'est pas la seule à dénoncer ces agissements. Au moins trois autres femmes, toutes avocates ou collaboratrices de la CPI, auraient confié à l'avocate des expériences similaires, mais aucune n'a souhaité témoigner publiquement, par peur de nuire à leur carrière ou de subir des pressions.
Un système de protection défaillant
L'avocate affirme avoir signalé les faits à la hiérarchie de la CPI dès 2020, mais sans obtenir de réponse satisfaisante. "On m'a dit que c'était ma parole contre la sienne et que je devais fournir des preuves irréfutables", explique-t-elle. Elle dénonce un "système patriarcal" au sein de l'institution, qui protège les hauts responsables et décourage les victimes de parler. Selon elle, la CPI n'a pas mis en place de mécanismes efficaces pour traiter les plaintes pour harcèlement sexuel, contrairement à ce qu'exigent les standards internationaux.
Cette affaire intervient alors que Karim Khan, en poste depuis 2021, est connu pour son activisme dans la lutte contre l'impunité des crimes de guerre. Mais son comportement privé est désormais pointé du doigt. Contacté par Libération, le bureau du procureur a démenti catégoriquement les accusations, les qualifiant de "calomnies sans fondement" et évoquant une "tentative de déstabilisation" de la CPI.
Des précédents inquiétants
Ce n'est pas la première fois que la CPI est secouée par des scandales sexuels. En 2018, un haut responsable de la Cour avait été accusé de violences sexuelles par une employée, mais l'affaire avait été classée sans suite. En 2021, une enquête interne avait révélé un "climat de harcèlement sexuel" au sein de l'institution, sans que des mesures concrètes ne soient prises. Ces précédents renforcent le sentiment d'impunité dénoncé par l'avocate.
Pour elle, le cas de Karim Khan est emblématique d'un problème plus large : "La CPI prétend juger les crimes les plus graves, mais elle est incapable de garantir la sécurité et la dignité de ses propres employées." Elle appelle à une enquête indépendante et à la suspension du procureur pendant la durée de l'enquête.
Réactions et implications
Des associations de défense des droits des femmes, comme la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH), ont réagi en demandant à la CPI de prendre ces accusations "au sérieux" et de lancer une procédure transparente. "Il est inacceptable que le plus haut responsable de la justice pénale internationale soit accusé de tels actes sans que des mesures ne soient prises", a déclaré une porte-parole.
L'avocate, elle, dit avoir parlé pour "briser le silence" et encourager d'autres victimes à se manifester. "Je sais que je prends des risques, mais je ne peux plus me taire. La justice doit commencer chez nous", conclut-elle.



