Hausse du prix de l’essence : un rapport parlementaire dénonce l'échec des aides ciblées
Hausse prix essence : rapport dénonce échec aides ciblées

Alors que le prix du gazole a repassé la barre des deux euros mercredi, un rapport de l’Assemblée nationale analyse l’échec du gouvernement à protéger l’économie et le pouvoir d’achat face à l’augmentation du prix des carburants. La « Mission flash sur la taxation des carburants et le rendement fiscal de la hausse des prix » pointe un taux de recours très faible pour les aides mises en place, notamment celle destinée aux « gros rouleurs ».

Un taux de recours très faible pour l’aide « gros rouleurs »

L’aide « gros rouleurs », d’un montant forfaitaire de 100 euros, est destinée aux actifs les plus modestes parcourant plus de 30 km aller-retour pour se rendre au travail. Selon le rapporteur de la mission, le député socialiste Philippe Brun, « le taux de recours qui nous a été communiqué par le gouvernement s’élève à 24 % ». Cependant, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a contesté ce chiffre sur BFMTV-RMC, affirmant qu’« un peu moins de 40 % de ceux qui étaient éligibles l’ont demandé et l’ont perçu ». Dans les deux cas, ce taux reste très faible comparé au RSA, dont 66 % des personnes éligibles le perçoivent.

Les raisons d’un échec

Philippe Brun explique ce découragement par un déploiement tardif du dispositif : « Le premier décret arrive fin avril, la plateforme est créée en mai et les versements ont commencé seulement en juin. Donc les aides n’ont pas été versées en même temps que l’augmentation des prix. » De plus, « de nombreuses personnes éligibles n’ont pas eu le droit à l’aide, par exemple des propriétaires de véhicules hybrides pas rechargeables ». En résumé, ironise-t-il, « les aides ciblées sont tellement ciblées que personne ne les a touchées ».

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Impact sur l’inflation et les finances publiques

Au-delà du pouvoir d’achat, le rapporteur s’inquiète de l’impact macroéconomique. Si l’État n’a pas constitué de « cagnotte » sur le dos des automobilistes – il apparaît bénéficiaire de quelques dizaines de millions d’euros –, l’inflation a été fortement affectée. Avec +2,4 % d’inflation en mai et +1,8 % en juin (Insee), Philippe Brun estime que « pour 2026, le gouvernement estime que la hausse de l’inflation due à l’augmentation du prix des carburants devrait entraîner un coût supplémentaire de 3,6 milliards d’euros pour l’État », soit l’essentiel du coût macroéconomique de la crise, évalué à 4,5 milliards d’euros.

Des propositions alternatives : la taxe flottante

Pour répondre à la crise, Philippe Brun propose une taxe flottante, comme en Espagne, qui baisserait automatiquement les taxes lorsque le prix du carburant dépasse 2 euros ou 2,10 euros. Cette idée divise les économistes. Anna Creti, professeure à Paris-Dauphine, souligne qu’elle « ne rend pas visible l’effet du prix », ce qui est important pour inciter à changer les modes de transport. En revanche, Fanny Henriet, directrice de recherche au CNRS, estime que « sur le papier, c’est une bonne idée, parce que ça permet d’avoir une prévisibilité des prix » et de sortir des énergies fossiles. Les deux économistes s’accordent sur la nécessité d’accélérer la transition écologique.

Un drame social en cours

Philippe Brun insiste sur l’urgence : « On ne va pas électrifier le pays en quelques semaines. Il y a des gens qui n’ont aucun moyen de substitution. Il y a un drame social sourd qui est en train de se produire. 60 % des Français vont quand même changer leurs plans de vacances à cause de cette hausse des prix des carburants. Il faut tirer les leçons des Gilets jaunes. » Il compte déposer des amendements dans le cadre du budget en septembre pour défendre la taxe flottante, mais aussi la surveillance des marges des grossistes et la taxation de la spéculation pétrolière.

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