L'une était une libraire française, l'autre une Américaine ayant grandi à Princeton. Leur histoire a façonné le Paris littéraire de l'entre-deux-guerres. Dans le treizième épisode de la série « Quand l'amour bouscule les interdits », Barbara Krief raconte la belle histoire d'amour entre Adrienne Monnier et Sylvia Beach, un couple emblématique de la scène littéraire parisienne.
Un coup de vent décisif
Décembre 1916. Une Américaine se tient dans l'embrasure de la porte d'une librairie qui fête son premier anniversaire et s'apprête à devenir le cœur bouillonnant du Paris littéraire de l'entre-deux-guerres : La Maison des Amis des Livres, située au 7, rue de l'Odéon, dans le 6e arrondissement. « Alors que je me trouvais près de la porte ouverte, un coup de vent enleva soudain mon chapeau espagnol qui s'en alla voltiger jusqu'au milieu de la rue. A. Monnier se précipita, avec rapidité malgré sa si longue jupe. Elle bondit dessus, alors qu'il s'apprêtait à se faire écraser », raconte Sylvia Beach dans ses mémoires.
Ce geste anodin scelle une rencontre qui changera le cours de la littérature. Adrienne Monnier, née en 1892, avait ouvert sa librairie en 1915, spécialisée dans la poésie et la littérature française contemporaine. Sylvia Beach, née en 1887, était une expatriée américaine passionnée de livres. Leur coup de foudre est immédiat, et elles deviennent rapidement inséparables.
Un salon littéraire de renom
Ensemble, elles créent un lieu de rencontre pour les écrivains de l'époque. Adrienne Monnier tient sa librairie, tandis que Sylvia Beach ouvre en 1919 sa propre librairie, Shakespeare and Company, juste en face. Leur couple devient le pivot d'un réseau littéraire qui attire des figures comme James Joyce, Ernest Hemingway, Ezra Pound, ou encore Gertrude Stein. C'est d'ailleurs Adrienne Monnier qui encourage Sylvia Beach à publier « Ulysse » de James Joyce en 1922, un acte audacieux qui marque l'histoire de l'édition.
Leur relation, bien que discrète, était un exemple de liberté et de dévouement. « Toutes les lesbiennes en herbe devraient connaître la belle histoire d'amour entre Adrienne Monnier et Sylvia Beach », écrit Barbara Krief, soulignant l'importance de leur héritage pour la communauté LGBTQ+.
Un amour qui traverse les épreuves
Leur histoire n'a pas été sans difficultés. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Sylvia Beach refuse de vendre son dernier exemplaire de « Finnegans Wake » à un officier nazi, ce qui lui vaut d'être internée pendant six mois. Adrienne Monnier, restée à Paris, continue à gérer sa librairie et à soutenir les écrivains. Après la guerre, leur couple se renforce, mais la santé d'Adrienne décline. Elle meurt en 1955, laissant Sylvia Beach inconsolable. Cette dernière continue à tenir Shakespeare and Company jusqu'à sa mort en 1962.
Leur amour a laissé une empreinte indélébile sur la vie culturelle parisienne. Comme le rappelle l'article, leur histoire est un exemple de la façon dont l'amour peut bousculer les préjugés et ouvrir des voies nouvelles, tant sur le plan personnel que littéraire.



