Le laboratoire français Mayoly a inauguré lundi une chaîne de production relocalisant en France la fabrication de la colchicine, un médicament classé « stratégique » et « irremplaçable » dans le traitement de la goutte. Cette initiative vise à renforcer l'indépendance sanitaire du pays.
Un pas vers la souveraineté sanitaire
« La souveraineté sanitaire se construit par des décisions industrielles concrètes. La relocalisation de la production de la colchicine en France en est une illustration forte », a déclaré le ministre délégué à l’Industrie, Sébastien Martin, cité dans un communiqué. Il a ajouté que cette relocalisation « permet de sécuriser durablement l’accès à un médicament essentiel, de réduire notre dépendance aux chaînes d’approvisionnement étrangères et de renforcer notre indépendance stratégique ». Le ministre a renoncé à inaugurer la nouvelle chaîne à Auxerre (Yonne) en raison de la canicule.
Une production de trois millions de boîtes par an
La colchicine, dont Mayoly est l’unique fabricant-distributeur en France, permet le traitement de 600 000 patients pour la goutte dans l’Hexagone. Jusqu’à récemment, elle était produite en Europe de l’Est, mais le sous-traitant a décidé de cesser cette fabrication. « Nous avons donc fait le choix stratégique de la relocalisation, qui est dans notre ADN », a expliqué Alexandre Nique, directeur général pour la France de Mayoly, une entreprise familiale de 2 200 personnes disposant de cinq sites industriels fabricant différents médicaments, dont quatre en France.
Pour la colchicine, Mayoly a confié la production à Galien, sous-traitant pharmaceutique spécialisé dans les produits hautement actifs. Mayoly investit 2,5 millions d’euros dans le projet et Galien 500 000 euros, afin d’atteindre une capacité de production d’environ trois millions de boîtes par an, « à terme », destinées au marché français et à l’export, a indiqué Mayoly dans un communiqué.
Un coût de production plus élevé
La colchicine est reconnue comme médicament « essentiel », selon un classement établi en 2023 par les autorités afin de renforcer les chaînes de production et de distribution et d’éviter les pénuries de ces traitements. Le directeur a souligné que produire la colchicine en France revenait « à peu près deux fois plus cher ». « Défendre la souveraineté a forcément un coût », a-t-il estimé, mais elle a « une conséquence sur la balance commerciale » à laquelle Mayoly contribue à hauteur de « 400 millions d’euros », selon lui.
« Des discussions vont être menées » avec les autorités chargées de fixer les prix des médicaments remboursables, a-t-il averti. Le prix actuel de la boîte de colchicine rend en effet sa fabrication difficilement rentable, surtout en France. Les premières ventes ne devraient pas intervenir avant mi-2027.



