En Australie, la hausse des taux peine à freiner la surchauffe immobilière
En Australie, la hausse des taux peine à freiner l'immobilier

La Banque de réserve d'Australie (RBA) a relevé ses taux directeurs à douze reprises en quatorze mois, mais la hausse des prix de l'immobilier ne montre aucun signe de ralentissement. Selon les données de CoreLogic, les prix des logements dans les grandes villes australiennes ont augmenté de 1,3 % en mai, portant la hausse annuelle à 12,4 %. Sydney, la ville la plus chère du pays, a enregistré une augmentation de 1,8 % sur le mois, tandis que Melbourne a progressé de 1,1 %.

Une demande toujours soutenue

La vigueur du marché immobilier australien contredit les prévisions des économistes, qui anticipaient un ralentissement sous l'effet de la hausse des taux. Plusieurs facteurs expliquent cette résilience. D'une part, la croissance démographique, portée par une immigration record, alimente la demande de logements. D'autre part, le marché du travail reste tendu, avec un taux de chômage à 3,6 %, son plus bas niveau depuis 1974, ce qui soutient le pouvoir d'achat des ménages.

« Le marché immobilier est tiré par une demande fondamentale très forte, liée à la démographie et à la solidité du marché de l'emploi », explique Sarah Hunter, économiste chez BIS Oxford Economics. « Les hausses de taux n'ont pas encore eu l'effet escompté, car de nombreux emprunteurs ont profité de taux fixes très bas pendant la pandémie. »

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Un endettement record des ménages

L'Australie affiche l'un des taux d'endettement des ménages les plus élevés au monde, avec un ratio dette/revenu de 212 %. La hausse des taux pèse sur les ménages les plus endettés, mais pour l'instant, les défauts de paiement restent limités. La RBA a prévenu que la hausse des taux pourrait entraîner une baisse des prix de l'immobilier de 15 % à 20 % dans les prochains mois, mais pour l'instant, les prix continuent de grimper.

Le gouverneur de la RBA, Philip Lowe, a déclaré que « la politique monétaire agit avec des délais longs et variables. Nous observons déjà un ralentissement de la croissance des prix dans certaines villes, mais il faudra du temps pour que l'effet complet des hausses de taux se fasse sentir. »

Des disparités régionales

Les disparités régionales sont marquées. Si Sydney et Melbourne connaissent une forte hausse, d'autres villes comme Brisbane et Perth enregistrent des augmentations plus modérées. Dans les zones rurales, les prix ont même baissé légèrement, reflétant un exode urbain moins prononcé qu'au plus fort de la pandémie. Selon CoreLogic, le prix médian d'une maison à Sydney atteint désormais 1,4 million de dollars australiens (environ 870 000 euros), un record absolu.

La situation préoccupe les autorités, qui craignent une bulle spéculative. Le Trésorier fédéral, Jim Chalmers, a appelé à une augmentation de l'offre de logements pour répondre à la demande. « Nous devons construire plus de logements, en particulier des logements abordables, pour éviter que la hausse des prix n'exclue une génération entière de l'accès à la propriété », a-t-il déclaré.

Perspectives incertaines

Les économistes sont divisés sur l'évolution future du marché. Certains estiment que la hausse des taux finira par ralentir la demande et faire baisser les prix. D'autres pensent que la croissance démographique et la pénurie de logements maintiendront les prix à un niveau élevé. La RBA devrait procéder à une nouvelle hausse des taux en juillet, ce qui porterait le taux directeur à 4,35 %, son plus haut niveau depuis 2012.

En attendant, les acheteurs potentiels, comme Sophie, une jeune cadre de 32 ans à Sydney, peinent à entrer sur le marché. « Avec les taux qui montent, ma capacité d'emprunt a diminué de 20 %. Je regarde des appartements que je n'aurais jamais considérés il y a deux ans. C'est frustrant », témoigne-t-elle.

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