Des Canadairs qui puisent de l’eau dans la Seine, des hélicoptères qui se ravitaillent dans les jardins du château de Fontainebleau. Telles sont les images que l’on a pu voir ces derniers jours alors que la forêt de Fontainebleau est en proie aux flammes. Un incendie d’origine criminelle, comme l’ont révélé les premiers éléments de l’enquête.
La réaction de Valérie Pécresse et les accusations d’hypocrisie
Lundi, alors que cette même piste criminelle n’était pas encore confirmée, la présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, réagit dans un message posté sur X : « J’espère que les pyromanes seront retrouvés et sanctionnés de la peine exemplaire qu’ils méritent ! ». Dans la foulée, certains internautes pointent « l’hypocrisie » de l’élue francilienne. « Cette personne ressemble à s’y méprendre à celle qui, à la tête de la région Île-de-France, a fait voter en 2024 le retrait d’une subvention d’1,5 million d’euros aux sapeurs-pompiers », affirme un internaute dans une publication qui cumule plus de 160 000 vues.
La réponse de Valérie Pécresse et les faits
Un message épinglé par le « média indépendant » Les Répliques, sur le réseau social Instagram. Dans la section commentaires, Valérie Pécresse dénonce une « réponse totalement malhonnête ». « Ces 1,5 millions d’euros étaient des crédits alloués non consommés à la fin de notre contrat de convention avec les pompiers. Et nous avons reconduit ce contrat de convention aussitôt », précise-t-elle.
Allons voir ça de plus près et remontons au 15 novembre 2024. Ce jour-là, la Commission permanente de la région Île-de-France est réunie pour voter les prochaines dépenses des politiques régionales. Dans l’ordre du jour, on trouve un projet de délibération concernant le « bouclier de sécurité ». Un dispositif qui, comme on peut le lire sur le site de la région, permet de « financer des installations de vidéoprotection dans les communes », mais aussi d'« équiper les forces de sécurité ».
Le retrait de la subvention et son rétablissement
Il est alors proposé, dans le cadre de ce dispositif, « d’affecter 1 521 191 € » au « soutien à l’équipement en vidéoprotection », comme le précise ce rapport signé par Valérie Pécresse. Pour rendre cette affectation possible, il est prévu de transférer des crédits alloués au programme de « soutien à l’équipement des sapeurs-pompiers et des centres départementaux » (1 495 774 € au total) vers le « bouclier de sécurité ».
Un amendement a été déposé par le groupe d’opposition LFI-A, lequel en profite pour alerter sur « l’abandon pur et simple des sapeurs-pompiers » par la région. Notons, comme le rappelle la présidente de la région Île-de-France lors de cette commission, que le financement des pompiers n’est pas une compétence de la région. L’amendement est finalement rejeté (page 45 du procès-verbal). La délibération, elle, est adoptée, comme le montre ce document.
En tant que présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse a donc bien « fait voter […] le retrait d’une subvention d’1,5 million d’euros aux sapeurs-pompiers ». Mais quelques jours plus tard, elle va finalement être rétablie… En deux étapes. Dans le projet de budget pour 2025 d’abord, où le camp de Valérie Pécresse fait machine arrière : Il propose d’allouer 1 million d’euros au « soutien à l’équipement des sapeurs-pompiers et des centres départementaux ».
Le rétablissement final de la subvention
Puis quatre partis d’opposition (Rassemblement national IDF, IDF Rassemblée, Ecologistes, La France Insoumise et Apparentés) déposent chacun un amendement similaire : ajouter 500 000 euros à cette aide, portant son total à 1,5 million d’euros. L’un de ces amendements est adopté à l’unanimité, en séance plénière, le 18 décembre 2024 (page 83 du procès-verbal). Ce montant, on le retrouve dans la délibération relative au budget pour 2025.
Ces délibérations ont eu lieu alors que s’achevait la période couverte par les conventions conclues entre la région et la Brigade des Sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) et entre la région et les services départementaux d’incendie et de secours (Sdis) franciliens. Elles ont toutes deux été renouvelées à l’été 2025, jusqu’à 2029.



