Lamborghini affiche une santé robuste en 2025 malgré des défis externes
Cheveux argentés et costume bleu marine impeccable, Stephan Winkelmann incarne la sérénité du dirigeant qui présente des résultats solides. Depuis son bureau de Sant’Agata Bolognese, le PDG de Lamborghini, filiale du groupe Volkswagen, dévoile les performances 2025 de la marque au taureau. Pour la deuxième année consécutive, le constructeur italien franchit le cap des 3 milliards d'euros de chiffre d'affaires, atteignant précisément 3,2 milliards, soit une hausse de 3,3 %. Avec 10 747 bolides livrés, principalement des SUV Urus, Lamborghini n'a jamais été aussi vigoureux.
Une rentabilité en léger repli face aux « facteurs exogènes »
Pourtant, derrière ces chiffres rutilants, une ombre au tableau se profile : la rentabilité opérationnelle, bien qu'exceptionnelle à 24 %, affiche un léger repli par rapport aux 27 % de 2024. « L'année 2025 montre que notre force ne réside pas seulement dans les chiffres, mais dans notre capacité à gérer la complexité », confie Stephan Winkelmann. Cette complexité porte un nom : les « facteurs exogènes ». Entre les fluctuations des taux de change et, surtout, l'instauration de droits de douane de 15 % par l'administration Trump, les États-Unis, premier marché de la marque avec 30 % des ventes, sont devenus un terrain miné.
« Quand les droits douaniers ont été annoncés, nous avons même dû stopper nos navires en route vers les États-Unis pendant six à huit semaines », révèle le patron. Pour absorber le choc, Lamborghini a augmenté ses prix : +10 % sur la Revuelto et +7 % sur l'Urus et la Temerario. Un exercice d'équilibriste qui a inévitablement pesé sur les marges.
La stratégie de croissance contrôlée et l'effet « YOLO » stabilisé
Winkelmann n'est pas homme à céder à la panique des volumes. Alors qu'en 2023, il affirmait vouloir rester sous la barre des 10 000 ventes pour préserver l'exclusivité, il assume aujourd'hui ce nouveau palier. « Nous ne voulons pas d'une croissance exponentielle, mais contrôlée. Il y a eu cet effet « YOLO » (You Only Live Once) après le Covid, une explosion de la demande. Aujourd'hui, le marché se stabilise, voire décline légèrement ». Pour lui, l'essentiel reste la rareté : « Si le marché baisse, nous sommes prêts à vendre moins pour maintenir l'exclusivité. C'est un jeu très sensible ».
L'eldorado de la personnalisation Ad Personam
Pour compenser les vents contraires, Lamborghini a trouvé une mine d'or avec son programme de personnalisation Ad Personam. En 2025, 94 % des voitures livrées ont été personnalisées. « C'est un levier central de création de valeur », explique le dirigeant. Pour une Revuelto affichée à 505 000 euros, les clients ajoutent en moyenne 100 000 euros d'options et de finitions sur mesure. Avec plus de 400 couleurs au catalogue, chaque Lamborghini devient une pièce unique, transformant la logistique de l'usine en un défi de haute couture automobile.
Cette stratégie permet à Lamborghini de contribuer à hauteur de 8 % du profit global du géant Volkswagen. Une autonomie qui permet à la marque de tracer sa propre route technologique, loin des injonctions de la production de masse.
Le doute électrique et le salut par l'hybride
C'est sur le terrain de l'électrification que le discours de Stephan Winkelmann se fait le plus pragmatique. Alors que Bruxelles semble assouplir sa position sur l'échéance de 2035, notamment via l'ouverture aux carburants de synthèse (e-fuels), Lamborghini temporise. La stratégie Direzione Cor Tauri a déjà hybridé toute la gamme : la Revuelto (V12), l'Urus SE et la petite dernière, la Temerario, dont le V8 grimpe à 10 000 tr/min.
Mais qu'en est-il du 100 % électrique ? Le quatrième modèle, prévu pour la fin de la décennie, reste officiellement au programme, mais le patron ne cache pas les réticences de ses clients. « Nous observons un taux de rejet plus élevé que prévu pour le tout-électrique dans notre segment. Ce n'est pas une question de performance, mais d'émotion. Le son, les vibrations, le feeling de la direction… tout cela manque ». Sans oublier la peur d'une obsolescence technologique plus rapide et d'une chute des valeurs de revente.
Face à la menace chinoise : l'atout de l'histoire
Face à l'offensive des constructeurs chinois comme BYD, qui lancent des supercars électriques de 1 000 chevaux à des prix défiant toute concurrence, Winkelmann reste serein. « Ils attaquent les marques premium et généralistes. Mais pour notre type de voitures, avec nos moteurs à haute cylindrée et notre histoire, nous ne sommes pas encore affectés ».
Alors que Ferrari caracole en Bourse, Lamborghini refuse pour l'instant toute idée d'introduction en Bourse (IPO). Entre rigueur allemande et excentricité italienne, le Taureau de Sant'Agata semble avoir trouvé son équilibre, naviguant avec agilité entre croissance et préservation de son ADN exclusif.



