Andy Burnham, favori pour devenir le prochain Premier ministre britannique, tente de rassurer les marchés financiers tout en maintenant ses projets de renationalisation partielle de l'eau et de l'énergie. L'ex-maire du Grand Manchester, attendu pour un grand discours sur l'économie la semaine prochaine selon la presse britannique, reste vague sur ses intentions précises.
Un cap économique encore flou
Dans son discours après sa victoire à une législative partielle vendredi, Burnham a critiqué « l'économie du ruissellement », une idée libérale selon laquelle les richesses créées au sommet profitent à tous. Il a promis de faire baisser les factures d'eau, d'énergie et les tarifs ferroviaires, comme il l'a fait pour les bus dans le Grand Manchester. Il a également plaidé pour une réindustrialisation via la commande publique, laissant entrevoir davantage de dépenses.
Malgré ces promesses, Burnham s'est engagé à respecter les règles budgétaires fixées par la ministre des Finances Rachel Reeves, visant l'équilibre entre dépenses courantes et recettes fiscales pour réduire la dette. Selon Jonathan Portes, économiste au King's College de Londres, il pourrait réformer certaines taxes, revoir la politique migratoire et renforcer les liens économiques avec l'UE pour stimuler la croissance. Burnham, qui avait souhaité voir le Royaume-Uni revenir dans l'UE « de son vivant », a récemment affirmé respecter le résultat du référendum.
Réaction des marchés jusqu'ici calme
Longtemps perçu comme une source d'inquiétude pour les marchés en raison de son positionnement à gauche, Burnham, qui se décrit comme un « socialiste favorable aux entreprises », n'a pas provoqué de turbulences majeures. « La livre sterling et les gilts tiennent pour l'instant », note Matthew Ryan, analyste chez Ebury. Cependant, la transition, qui doit durer jusqu'au 16 juillet, « va introduire une période d'incertitude », ajoute-t-il.
Jonathan Portes estime que si le gouvernement met en place une stratégie économique crédible, les marchés resteront calmes. « Cela n'exclut pas une modification mineure des règles budgétaires pour permettre plus d'emprunts pour l'investissement, mais pas pour les dépenses courantes », précise-t-il.
Le choix du ministre des Finances crucial
Le nom d'Ed Miliband, actuel ministre de l'Énergie, est souvent cité, mais son ancrage à gauche inquiète les marchés. « Un changement de Premier ministre ne changera pas les réalités budgétaires », prévient Ruth Gregory de Capital Economics. Pour elle, le choix du Chancelier de l'Échiquier sera déterminant. Les figures de gauche pourraient être plus enclines à augmenter les dépenses et l'endettement, tandis que l'aile droite modérée chercherait à compenser les hausses par des réductions ou des hausses d'impôts.
Parmi les candidats potentiels pour les Finances, Gregory cite la ministre de l'Intérieur Shabana Mahmood, la cheffe de la diplomatie Yvette Cooper, le ministre du Travail Pat McFadden, et l'ex-ministre de la Santé Wes Streeting, qui a soutenu Burnham. Pour les marchés, la préférence irait à une continuité incarnée par Rachel Reeves, selon Matthew Ryan. Reeves, symbole de rigueur budgétaire, peut se prévaloir d'une inflation en baisse et d'une croissance meilleure que prévu, malgré les risques liés au conflit au Moyen-Orient.



