L'Europe face à la pénurie de fusées d'ici 2030, prévient l'ESA
L'Europe face à la pénurie de fusées d'ici 2030, prévient l'ESA

L'Europe pourrait manquer de fusées autour de 2030, car la demande de lancements dépassera l'offre, prévient l'ESA. Cette pénurie menace les constellations européennes. Le directeur général de l'Agence spatiale européenne (ESA), Josef Aschbacher, alerte dans le Financial Times sur un pic de demandes de lancement attendu entre 2029 et 2031, qui dépassera les capacités disponibles. Les projets de constellations comme Iris2, Galileo et Copernicus, ainsi que les satellites militaires, s'accumulent, tandis que les fusées européennes peinent à suivre le rythme.

Une demande croissante, des lanceurs limités

L'Union européenne prévoit de déployer Iris2, sa future constellation de communications sécurisées, tout en continuant à alimenter Galileo (navigation) et Copernicus (observation de la Terre). Plusieurs pays, dont l'Allemagne, développent leurs propres constellations, et l'ESA construit des satellites pour les ministères de la Défense grec, espagnol et polonais. Les commandes s'accumulent, mais les fusées ne suivent pas.

Le contraste est frappant avec SpaceX : en 2023, l'entreprise américaine a effectué 170 lancements, contre seulement 8 pour l'Europe. Cette différence de cadence s'explique notamment par la réutilisabilité des fusées de SpaceX, qui réduit les coûts et augmente la fréquence des tirs. L'Europe, elle, sort d'une période difficile : Ariane 5 a pris sa retraite en 2023, laissant un vide avant le premier vol d'Ariane 6 en juillet 2024. Le lanceur italien Vega-C a repris du service en décembre dernier, mais l'Europe doit maintenant augmenter sa cadence.

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Objectif : rattraper le retard

Ariane 6 doit progressivement atteindre environ 9 à 10 lancements par an, et l'ESA étudie les coûts pour passer à 15. Vega-C doit également augmenter sa fréquence. Mais l'urgence est réelle : les satellites sont devenus essentiels pour les communications, la navigation, l'observation et la défense. Plus de 600 satellites militaires sont déjà en orbite, et les États-Unis, la Chine et la Russie investissent massivement dans leurs capacités spatiales.

L'Europe ne manque pas de technologies : Ariane 6 peut placer environ 22 tonnes en orbite. Mais les infrastructures et la cadence de production limitent le nombre de tirs. Des jeunes entreprises européennes développent de plus petites fusées, et de nouveaux sites de lancement sont prévus sur le continent.

Une échéance cruciale : 2030

L'année 2030 est au cœur des préoccupations. C'est à cette date que l'ESA prévoit le pic de demandes de lancement, et qu'Iris2 doit devenir pleinement opérationnel. Cette constellation européenne comptera à terme 290 satellites et fournira des communications sécurisées aux gouvernements et aux clients privés. Avec GOVSATCOM, l'initiative de l'UE pour les communications gouvernementales par satellite, Iris2 fait partie d'un programme de 10,6 milliards d'euros visant à réduire la dépendance à Starlink.

Les financements suivent : les États membres de l'ESA ont adopté un budget record de 22,1 milliards d'euros pour 2026-2028, contre 16,9 milliards pour la période précédente. L'Allemagne contribuera à hauteur de 5 milliards, la France de 3,6 milliards et l'Italie de 3,5 milliards. Malgré ces efforts, l'Europe pourrait devoir faire des choix : Ariane 6 a déjà un carnet de commandes rempli, notamment grâce aux satellites de la constellation Leo d'Amazon. Les capacités ne sont pas infinies, alors que l'espace, lui, est vaste.

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