Alors que la trêve au Moyen-Orient laissait espérer une accalmie sur les marchés de l'énergie, l'Europe fait face à un défi de taille : le remplissage de ses stocks de gaz pour l'hiver prochain. Selon les dernières données de Gas Infrastructure Europe (GIE), le taux de remplissage moyen des installations de stockage souterrain dans l'Union européenne n'atteint que 65 % à la mi-juillet, contre un objectif intermédiaire de 75 % fixé par Bruxelles pour le 1er août. Ce retard inquiète les autorités, qui redoutent une nouvelle crise énergétique si l'hiver est rigoureux.
Un objectif de 90 % d'ici novembre
Le règlement européen adopté en urgence en 2022 impose aux États membres de remplir leurs stocks à 90 % de leur capacité avant le 1er novembre. Or, à ce rythme, plusieurs pays, dont la France et l'Allemagne, risquent de ne pas atteindre cet objectif. En France, le gestionnaire du réseau de transport de gaz GRTgaz indique que les stocks sont remplis à 62 %, soit 5 points de moins que la moyenne des cinq dernières années à la même date. "Nous sommes en retard par rapport au calendrier, mais nous restons confiants grâce aux livraisons de GNL (gaz naturel liquéfié) qui devraient augmenter dans les semaines à venir", a déclaré un porte-parole de GRTgaz.
Les causes du retard
Plusieurs facteurs expliquent cette situation. D'une part, la demande asiatique de GNL a fortement augmenté, notamment de la part de la Chine et de l'Inde, qui ont profité de prix plus bas pour constituer leurs propres réserves. D'autre part, la maintenance programmée des terminaux de regazéification en Europe a réduit les capacités d'importation. Enfin, la trêve au Moyen-Orient n'a pas eu l'effet escompté sur les prix : le gaz naturel coté au TTF néerlandais, référence européenne, reste autour de 35 euros le mégawattheure, un niveau encore élevé comparé aux 20 euros d'avant la guerre en Ukraine.
Des mesures d'urgence envisagées
Face à cette situation, la Commission européenne a appelé les États membres à intensifier leurs efforts. "Nous devons accélérer le remplissage des stocks. La trêve ne doit pas nous faire oublier que la sécurité énergétique reste une priorité", a averti la commissaire européenne à l'Énergie, Kadri Simson, dans un communiqué. Plusieurs options sont à l'étude, notamment l'activation d'un mécanisme d'achat conjoint de gaz, comme cela avait été fait en 2022, ou l'incitation à réduire la consommation de gaz dans les secteurs non essentiels.
L'impact sur les prix et les ménages
Ce retard de remplissage des stocks pourrait se traduire par une hausse des prix pour les consommateurs. Selon une analyse de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), si les stocks ne sont pas remplis à temps, les prix pourraient bondir de 20 % à 30 % cet hiver. En France, le médiateur national de l'énergie a d'ores et déjà alerté sur le risque d'une nouvelle flambée des factures. "Les ménages les plus précaires seront les premiers touchés. Il est urgent d'agir", a-t-il déclaré.
Vers une diversification des approvisionnements
Pour sortir de cette dépendance, l'Europe accélère sa diversification énergétique. Les importations de GNL en provenance des États-Unis et du Qatar ont augmenté de 15 % par rapport à l'année dernière, selon les chiffres de l'Agence européenne pour la coopération des régulateurs de l'énergie (ACER). Parallèlement, les énergies renouvelables progressent : l'éolien et le solaire ont couvert 30 % de la demande électrique européenne au premier semestre 2026, contre 25 % un an plus tôt. Cependant, ces efforts ne suffiront pas à compenser un éventuel déficit de gaz cet hiver.



