Détroit d'Ormuz : reprise lente malgré l'accord États-Unis-Iran
Détroit d'Ormuz : reprise lente malgré l'accord

« Navires du monde entier, mettez les moteurs en marche, que le pétrole coule à flots. » En annonçant l’accord entre les États-Unis et l’Iran, dont la signature officielle est prévue vendredi 19 juin, Donald Trump a assuré que le détroit d’Ormuz serait alors « totalement ouvert ». Cette perspective a immédiatement rassuré les marchés : les prix du pétrole ont fortement chuté dans l’espoir d’un retour à la normale après plusieurs mois de perturbations. Mais sur le terrain, la reprise s’annonce bien plus lente. Armateurs, assureurs et spécialistes du transport maritime estiment qu’il faudra des semaines, voire des mois, avant que ce point de passage stratégique retrouve un niveau d’activité significatif.

Un trafic encore très limité

Lundi 15 juin au matin encore, le trafic restait limité aux abords du détroit. Plusieurs marins chinois ont indiqué n’avoir reçu aucune instruction pour reprendre la mer ou se positionner à l’entrée du passage, souligne le Wall Street Journal. Si les signaux GPS ont recommencé à fonctionner, les autorités iraniennes n’avaient pas encore officiellement annoncé la réouverture du détroit aux navires présents dans le Golfe. Avant même l’accord, le trafic avait timidement commencé à reprendre. Selon les données de Kpler, l’un des leaders mondiaux des données sur le transport maritime, une dizaine de navires traversaient en moyenne chaque jour le détroit durant la première semaine de juin. Encore très loin de la centaine de passages quotidiens observée avant le conflit.

Pour le cabinet Eurasia Group, plusieurs semaines seront nécessaires pour retrouver seulement 30 à 50 % du trafic d’avant-guerre. Les premiers mouvements devraient d’ailleurs être principalement constitués de navires immobilisés depuis des mois dans le golfe Persique. Certains sont bloqués depuis plus de cent jours. Leurs coques se sont couvertes d’algues et de balanes, ralentissant leur navigation et nécessitant des opérations de nettoyage avant un retour complet à l’activité.

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La menace des mines marines

La principale inquiétude reste toutefois la sécurité du détroit. Les armateurs attendent des garanties avant d’y envoyer leurs navires. Depuis des mois, la menace des mines marines plane sur cette étroite voie maritime par laquelle transite une part essentielle du commerce mondial d’hydrocarbures. Leur nombre exact demeure inconnu. Des sources du renseignement américain évoquent plusieurs dizaines d’engins, sans confirmation officielle. Le mois dernier, CBS News rapportait qu’il pourrait s’agir de mines iraniennes Maham 3 et Maham 7, certaines flottant sous la surface, d’autres reposant sur les fonds marins et capables de détecter les navires grâce à leurs signatures magnétiques, acoustiques ou aux variations de pression. Des dispositifs particulièrement difficiles à localiser. Selon diverses sources, l’Iran posséderait entre 5 000 et 6 000 mines marines de différents types. Elles lui ont été fournies par la Russie ou la Chine, puis copiées et améliorées localement.

Le déminage pourrait lui-même prendre des mois. Fin avril, un responsable du département américain de la Défense estimait qu’il faudrait environ six mois pour sécuriser complètement le détroit. Plusieurs experts soulignent par ailleurs que les États-Unis ne pourront pas mener seuls une telle opération. Paris et Londres ont déjà indiqué que leur mission maritime internationale était prête à participer aux opérations de sécurisation. La France dispose d’une expertise reconnue en matière de guerre des mines, notamment en raison des exigences liées à sa dissuasion nucléaire. Les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins basés à l’Île Longue doivent emprunter les approches maritimes de Brest pour rejoindre l’Atlantique, ce qui impose à la Marine nationale de sécuriser en permanence cette zone stratégique contre toute menace, notamment le mouillage clandestin de mines. « Nous avons sur zone deux bâtiments chasseurs de mines qui sont potentiellement prêts à accompagner pour du déminage », a rappelé ce mardi matin sur TF1 la ministre des Armées Catherine Vautrin.

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La prudence des assureurs et la question du péage

Même une fois les mines neutralisées, la prudence devrait continuer à dominer. Les compagnies maritimes veulent s’assurer que le cessez-le-feu tiendra. Beaucoup redoutent une reprise rapide des hostilités et préfèrent attendre que d’autres navires franchissent le détroit sans incident avant de s’engager à leur tour. Les assureurs se montrent tout aussi prudents. Aucun des principaux acteurs du secteur n’a, pour l’heure, annoncé un retour à des conditions normales de couverture dans la zone. Or sans assurance, peu d’armateurs accepteront de prendre le risque du transit. « C’est un cercle vicieux », résume Matt Smith, analyste chez Kpler, au micro de CNN. Selon lui, il faudra probablement trois à quatre mois avant que le trafic puisse être considéré comme proche de la normale.

Par ailleurs, la question des droits de passage reste en suspens à cette heure. Côté américain, Donald Trump affirme que le détroit sera rouvert durablement et pleinement accessible. Mais la position de Téhéran semble plus ambivalente. D’après des éléments relayés par la diplomatie iranienne, la République islamique envisagerait de maintenir une forme de compensation financière liée au transit maritime. Téhéran pourrait prendre exemple sur des modèles existants, comme le détroit du Bosphore où des navires commerciaux s’acquittent déjà de taxes liées à différents services de navigation ou de sauvetage comme le soulignent nos confrères du Monde. Une perspective qui pourrait nourrir les discussions au G7 d’Évian, et qui risque surtout d’entraver la mise en place de l’accord entre les États-Unis et l’Iran si les désaccords perdurent.