L'accord-cadre sur le nucléaire iranien, conclu le 2 avril à Lausanne, est déjà considéré comme fragile par de nombreux observateurs. Si les grandes lignes ont été tracées, les détails techniques et politiques restent à négocier d'ici le 30 juin, date butoir pour un accord final. Les obstacles sont nombreux et les deux parties, Washington et Téhéran, doivent encore surmonter des divergences profondes.
Un calendrier serré et des divergences techniques
Le premier défi concerne le calendrier. Les négociateurs ont jusqu'au 30 juin pour parvenir à un accord définitif. Ce délai est jugé très court par les experts, compte tenu de la complexité des questions techniques. L'un des points les plus épineux est le niveau d'enrichissement de l'uranium autorisé pour l'Iran. Selon les termes de l'accord-cadre, Téhéran s'engage à réduire le nombre de ses centrifugeuses et à limiter son enrichissement à 3,67 %, mais les modalités précises de cette réduction restent à définir.
Un autre sujet de discorde est la levée des sanctions économiques. L'accord prévoit une levée progressive des sanctions américaines, européennes et onusiennes, mais le calendrier et les conditions de cette levée sont encore flous. Le président iranien Hassan Rohani a déclaré que « toutes les sanctions doivent être levées le jour même de la signature de l'accord », une position que Washington ne partage pas.
La méfiance réciproque et les oppositions internes
La méfiance entre les deux parties reste un obstacle majeur. Côté américain, le Congrès, dominé par les républicains, est très sceptique. Le président Barack Obama doit convaincre les parlementaires que l'accord est suffisamment solide pour empêcher l'Iran d'accéder à l'arme nucléaire. De nombreux élus républicains ont déjà annoncé qu'ils tenteraient de bloquer l'accord. Selon un sondage du Pew Research Center, 47 % des Américains estiment que l'accord est « mauvais pour les États-Unis ».
Côté iranien, les Gardiens de la révolution et les conservateurs sont également hostiles à l'accord. Le guide suprême Ali Khamenei a réaffirmé son opposition à toute inspection des sites militaires iraniens, une condition pourtant jugée essentielle par les Occidentaux. « Les inspections surprises des sites militaires sont une ligne rouge », a-t-il déclaré dans un discours retransmis à la télévision d'État.
Le rôle de la Suisse et de la communauté internationale
La Suisse, qui a accueilli les négociations à Lausanne, continue de jouer un rôle de médiateur. Le pays a proposé d'abriter les prochaines discussions techniques à Genève. L'Union européenne, par la voix de sa cheffe de la diplomatie Federica Mogherini, a appelé les deux parties à « faire preuve de flexibilité et de bonne volonté ».
La Russie et la Chine, membres du groupe P5+1, soutiennent également l'accord mais insistent sur la levée rapide des sanctions. Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a déclaré que « l'accord doit être équilibré et ne pas imposer de conditions irréalistes à l'Iran ».
Les conséquences d'un échec
Si aucun accord n'est trouvé d'ici le 30 juin, les conséquences pourraient être graves. L'Iran pourrait reprendre son programme nucléaire à plein régime, tandis que les sanctions américaines et européennes seraient maintenues, voire renforcées. Une escalade militaire est également redoutée, avec des risques de conflit régional au Moyen-Orient. Selon l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), l'Iran dispose actuellement de près de 8 000 centrifugeuses actives, ce qui lui permettrait de produire suffisamment d'uranium enrichi pour une bombe en quelques mois.
En conclusion, l'accord de Lausanne n'est qu'une première étape. Les prochaines semaines seront cruciales pour déterminer si les États-Unis et l'Iran parviennent à surmonter leurs divergences et à sceller un accord historique. Les regards sont tournés vers Vienne, où les négociations techniques doivent reprendre prochainement.



