L'intelligence artificielle s'impose dans les ressources humaines
« Fin des tâches chronophages, analyse accélérée des dossiers, scoring automatisé » : cette promesse des éditeurs de logiciels résume le marché florissant de l'IA appliquée aux services RH. Mais cette quête de simplification par la technologie n'est pas nouvelle. L'historien Alain Beltran rappelle que l'informatique a déjà supprimé des tâches répétitives dès les années 1970, avec l'arrivée du premier micro-ordinateur Micral et le développement de la bureautique.
Une adoption rapide et des chiffres éloquents
Depuis cinquante ans, la numérisation a remodelé la vie professionnelle. Aujourd'hui, l'intelligence artificielle prend le relais dans les ressources humaines. Selon une étude OpinionWay/Kelio (2025), 28 % des services RH utiliseront l'IA en 2025, contre seulement 9 % en 2024. Les applications sont multiples : tri automatisé des CV, détection des risques de démission avec des outils comme Top, ou création de parcours professionnels prédictifs.
Soléna Busson-Mars, DRH Radio France Nord-Ouest et membre de l'ANDRH, observe que « les lettres de motivation sont mieux structurées et contiennent moins de fautes d'orthographe » grâce à l'IA. Un baromètre Parlons RH (2025) révèle que 62 % des entreprises utilisent déjà l'IA générative dans le recrutement, pour produire des offres plus rapidement ou générer des fiches de poste.
Le gain de temps et l'individualisation
Le principal atout de l'IA reste le gain de temps, permettant d'individualiser les entretiens, élaborer des plans d'action, rédiger des comptes rendus et vérifier des données plus rapidement. L'étude Capstan Perspectives (2025) souligne que les attentes des salariés se sont individualisées : un jeune diplômé cherche mobilité et apprentissage, un parent veut de la flexibilité horaire, tandis qu'un salarié aidant ou en fin de carrière a des besoins différents. Une politique RH uniforme risquerait de passer à côté de la moitié des talents.
Le paradoxe du retour à l'humain
Malgré cette digitalisation accélérée, un paradoxe émerge : les recruteurs se tournent plus que jamais vers des pratiques fondées sur la recommandation humaine. « Les cooptations n'ont jamais aussi bien marché », constate Soléna Busson-Mars. Elle insiste : si l'IA automatise de nombreuses tâches, « l'humain reste essentiel ».
Quentin Amaudry, CEO de Mendo, spécialisé dans l'adoption de l'IA en entreprise, défend cette technologie : « Je préfère moins de biais dans les recrutements et plus de méritocratie. L'IA offre cette possibilité. » Mais il met en garde : elle peut devenir un réflexe mal maîtrisé plutôt qu'un levier de performance, avec un risque de lisser les profils et de favoriser des critères prédéfinis.
Formation et éthique : les défis de demain
Pour les futurs professionnels des RH, la formation intègre désormais l'IA de manière transversale. Anne-Claire Viémont, directrice nationale d'Igensia RH, explique : « On doit apprendre à ces générations l'esprit critique, le recul et l'éthique. L'IA est un outil d'aide à l'analyse, d'optimisation des temps, mais pas d'aide à la décision. Notre boussole, c'est l'humain. »
Dans un contexte de main-d'œuvre plus volatile et elle-même utilisatrice d'IA, la période d'essai va retrouver son importance. Selon Anne-Claire Viémont, elle va « retrouver son lustre » comme moment crucial de validation. Soléna Busson-Mars, de l'ANDRH, ne prévoit pas de pertes d'emplois mais des transformations qui structurent déjà les pratiques des 6 300 adhérents de l'association.
Finalement, comme le rappelle Quentin Amaudry, à la fin du processus de recrutement, « ce sont toujours des humains qui se rencontrent ». L'intelligence artificielle marque donc moins une rupture qu'une évolution, où technologie et humanité doivent trouver un nouvel équilibre.