Mobilisation massive chez Ubisoft contre la fin du télétravail
Une semaine mouvementée s'annonce chez Ubisoft, le géant français du jeu vidéo, avec le déclenchement d'une grève de trois jours à partir de mardi. Ce mouvement social, qui touche plusieurs studios en France, vise à protester contre la quasi-disparition du télétravail et un nouveau plan d'économies drastique, annoncé à deux jours seulement de la publication des résultats trimestriels du groupe.
Des piquets de grève dans cinq villes françaises
Des piquets de grève seront organisés dans la matinée devant les studios de l'éditeur à Paris, Bordeaux, Montpellier, Annecy et Lyon. Les syndicats appellent également à un grand rassemblement devant le siège francilien du groupe à 14 heures à Saint-Mandé, en Île-de-France. Selon les organisations syndicales, d'autres studios d'Ubisoft dans le monde pourraient se joindre au mouvement, avec un rassemblement prévu devant celui de Milan en Italie.
Le retour au présentiel, source de colère
L'annonce le 21 janvier d'une nouvelle organisation interne, accompagnée de l'annulation de plusieurs jeux et d'une cure d'austérité de 200 millions d'euros sur deux ans, a ravivé la contestation sociale. Désormais, Ubisoft souhaite imposer cinq jours de travail en présentiel par semaine, avec seulement un quota annuel de télétravail. « Il y a de la colère » parmi les quelque 3 800 salariés du groupe en France, assure Pierre-Etienne Marx, membre du Syndicat des travailleurs du jeu vidéo (STJV). « Les gens à la tête de l'entreprise ont fait des choix industriels désastreux et on n'a plus confiance en eux », déplore-t-il.
Un plan de départs volontaires inquiétant
L'inquiétude est amplifiée par l'annonce fin janvier d'un projet de plan de départs volontaires concernant 200 personnes au siège d'Ubisoft, qui compte 1 100 salariés. « C'est potentiellement le prélude à d'autres plans sociaux », s'alarme un délégué syndical CGT Ubisoft, qui affirme que les effectifs du QG ont déjà baissé de 10% en deux ans. « Ce qui se passe à Ubisoft International risque de se passer ailleurs dans des studios en France », redoute-t-il.
La réorganisation en « maisons de création »
La direction justifie ces mesures par la nécessité d'une réorganisation pour retrouver de la compétitivité. À partir d'avril, cinq structures appelées « maisons de création » regrouperont par spécialité la moitié des studios, tandis que l'autre moitié servira de soutien aux projets. Les équipes technologiques, de production, marketing et de distribution seront mutualisées. « Nous sommes conscients que ces évolutions, notamment en matière d'organisation du travail, suscitent des réactions fortes », a déclaré Ubisoft lundi, promettant des temps d'échange pour maintenir un dialogue ouvert.
Des difficultés financières persistantes
Pour se relancer, Ubisoft a dû annuler le développement de six jeux, dont le très attendu remake de « Prince of Persia : Les sables du temps », et repousser la sortie de sept autres. L'éditeur prévoit une perte opérationnelle d'un milliard d'euros sur son exercice fiscal annuel, qui se termine fin mars. Empêtré dans des difficultés financières, le groupe a vu son action s'effondrer de près de 95% en cinq ans sur les marchés.
Des fermetures de studios à l'étranger
Soumis à plusieurs plans d'économie, Ubisoft a fermé plusieurs de ses studios à l'étranger, notamment à San Francisco (États-Unis), Osaka (Japon), Leamington (Royaume-Uni), Stockholm (Suède) et Halifax (Canada). Des restructurations ont également touché des studios à Abu Dhabi, en Finlande et en Suède. Le numéro un français du jeu vidéo, qui compte environ 17 000 salariés dans le monde, s'est séparé de plus de 3 000 employés ces dernières années, illustrant l'ampleur des défis auxquels fait face l'entreprise.