Bonneval Emergence attaque Nestlé Waters sur la filtration des eaux minérales
Bonneval attaque Nestlé sur la filtration des eaux minérales

Bonneval Emergence s'oppose à Nestlé Waters sur la question des filtres désinfectants

L'entreprise d'eaux minérales Bonneval Emergence a déposé trois recours contre des arrêtés préfectoraux des Vosges et du Gard. Ces textes autorisent Nestlé Waters à utiliser des filtres désinfectants pour produire des eaux ensuite présentées comme « naturelles ». Dans un communiqué publié mardi, la société savoyarde a exprimé ses vives préoccupations.

Une confusion dénoncée pour les consommateurs

Selon Bonneval Emergence, ces autorisations préfectorales créent « une confusion pour le consommateur car elles ne permettent plus de faire la différence entre une eau filtrée par des procédés industriels et une eau entièrement issue de la nature ». L'entreprise estime que cette situation porte atteinte à la transparence attendue dans le secteur des eaux minérales.

Dans des documents officiels, Bonneval a adressé des mises en demeure aux préfectures concernées. Elle menace, « à défaut de retrait dans un délai de deux mois », de saisir la justice administrative pour faire annuler ces arrêtés. Cette démarche juridique s'inscrit dans un contexte déjà tendu pour Nestlé Waters.

Le contexte du scandale Nestlé Waters

Nestlé Waters se trouve au cœur d'une polémique depuis qu'il a admis, début 2024, avoir utilisé par le passé des traitements interdits (charbon, UV) pour ses eaux minérales. Le géant agroalimentaire, qui produit en France les marques Perrier, Vittel, Contrex et Hépar, a depuis remplacé ces traitements controversés par une microfiltration à 0,2 micron.

Cependant, la légalité de cette nouvelle méthode a été contestée. En effet, la réglementation française stipule que l'eau minérale naturelle ne peut faire l'objet de désinfection ou de traitement de nature à modifier ses caractéristiques, sauf exception pour retirer du fer ou du manganèse considérés comme nocifs.

Une eau « comparable à de l'eau du robinet »

Bonneval Emergence dénonce vigoureusement cette situation : « En approuvant, même conditionnellement, l'usage de cette microfiltration, les arrêtés préfectoraux ouvrent la voie à la commercialisation, sous l'appellation « eau minérale naturelle », d'une eau traitée comparable à de l'eau du robinet, vendue jusqu'à 150 fois plus cher ».

Cette critique sévère souligne l'enjeu économique majeur derrière ce différend. L'entreprise savoyarde estime que ces pratiques créent une distorsion de concurrence préjudiciable à l'ensemble du secteur.

Une bataille juridique aux enjeux colossaux

En octobre dernier, Bonneval Emergence avait déjà assigné son concurrent Nestlé Waters devant le tribunal de Nanterre pour concurrence déloyale. La société réclame un peu plus de 1,3 milliard d'euros (1,6 milliard avec les intérêts) au titre du préjudice économique subi.

Contacté à ce sujet, Nestlé Waters avait déclaré avoir « pris acte de cette assignation déposée sur des motifs que nous estimons totalement infondés ». Le groupe a annoncé qu'il défendrait « vigoureusement sa position » devant les tribunaux.

Ce conflit met en lumière les tensions croissantes dans l'industrie des eaux minérales, où la définition même de ce qui constitue une eau « naturelle » fait l'objet d'interprétations divergentes et de batailles juridiques acharnées.