Un vote préliminaire qui pourrait influencer l'avenir monétaire européen
Ce mardi 10 février, en séance plénière, les députés européens ont adopté deux amendements significatifs en faveur du projet d'euro numérique porté par la Banque centrale européenne. Ces textes, soutenus par une coalition transpartisane, reconnaissent officiellement l'euro numérique comme un outil essentiel pour renforcer la souveraineté monétaire européenne et garantir l'accès universel aux paiements sur le continent.
Une majorité transpartisane face au lobbying bancaire
Parmi les signataires de ces amendements figurent plusieurs eurodéputés français influents, dont Gilles Boyer et Stéphanie Yon-Courtin du groupe Renew Europe, ainsi que Marie Toussaint des Verts/ALE. "Malgré un lobbying intense du secteur bancaire pour freiner ou affaiblir le projet, une majorité transpartisane a reconnu qu'un euro numérique public est essentiel à l'autonomie stratégique de l'Europe", explique Stanislas Jourdan, chercheur associé au Sustainable Finance Lab.
Le spécialiste ajoute : "Une ligne claire a été tracée : notre avenir monétaire ne peut dépendre d'infrastructures de paiement privées et extra-européennes." Cette position marque une étape importante dans le débat sur la digitalisation de la monnaie européenne.
Un "ballon d'essai" avant le vote crucial de juin
Bien que ce vote ne concerne qu'un rapport de la BCE soutenant l'euro numérique, les experts y voient un indicateur crucial pour le vote final prévu en juin 2026. Stanislas Jourdan qualifie même cette décision de "ballon d'essai potentiellement décisif" pour l'issue du scrutin final.
Le processus législatif se déroulera en plusieurs étapes :
- Vote en commission des affaires économiques et monétaires le 5 mai 2026
- Vote final en séance plénière en juin 2026 pour les 720 députés européens
- Adoption éventuelle de la législation par la Commission européenne d'ici juin 2026
Un équilibre délicat entre soutien et inquiétudes
Le vote final devrait "se jouer à un cheveu", selon un responsable cité par le Financial Times. Les eurodéputés sont actuellement tiraillés entre leur soutien au projet de Christine Lagarde, présidente de la BCE, et les préoccupations exprimées par les citoyens et le secteur bancaire.
Les principales inquiétudes concernent :
- La crainte des banques d'une fuite des dépôts vers l'euro numérique
- Le coût potentiel de 18 milliards d'euros pour les établissements bancaires selon une étude PwC
- Les implications pour la stabilité financière européenne
Calendrier et perspectives d'implémentation
Rappelons que l'euro numérique serait accessible aux 350 millions d'Européens dans les 21 pays de la zone euro. Après l'approbation du Conseil européen fin décembre, l'avis du Parlement européen est désormais attendu avec impatience.
Si le projet est adopté, il faudra compter 2 à 3 ans supplémentaires avant sa mise en circulation effective, soit une échéance au plus tard en 2029. Cette période permettrait de finaliser les aspects techniques et réglementaires de cette transformation monétaire historique.
Le débat autour de l'euro numérique continue donc de s'intensifier, avec des enjeux qui dépassent largement la simple modernisation des moyens de paiement pour toucher à la souveraineté économique et à l'autonomie stratégique de l'Union européenne face aux géants technologiques mondiaux.



