Jean-Jacques Richard, cadre de 59 ans, a déclenché un raz-de-marée sur LinkedIn il y a quatre ans avec un post provocateur : « Je suis vieux et je vous emmerde ». Aujourd'hui de nouveau en recherche d'emploi et auteur d'un livre sur le sujet, il dénonce la mise à l'écart des plus de 50 ans sur le marché du travail français.
Un post viral révélateur
En 2022, à 55 ans, Jean-Jacques Richard avait envoyé 33 CV sans aucune réponse. Agacé, il publie sur LinkedIn : « J'ai bien compris que je suis vieux, mais ce n'est pas votre silence qui va me faire courber l'échine ». Le lendemain, la publication comptait 400 000 vues, des milliers de likes et de commentaires. « J'ai compris que je n'étais pas seul et que, pour le marché du travail, j'étais bel et bien devenu 'vieux' », confie-t-il.
Détresse financière et psychologique
À travers les témoignages qu'il reçoit, Richard est frappé par la détresse. « Beaucoup m'appellent en étant dans un désespoir total, avec cette phrase qui revient : 'Pour moi, c'est trop tard' ». Il décrit des seniors qui, après épuisement des allocations chômage, puisent dans leurs économies et vendent leurs biens. « Cette détresse financière et psychologique est massive », ajoute-t-il.
Les causes multiples de la discrimination
Selon Richard, la mise à l'écart des seniors résulte d'un mélange de facteurs : l'âgisme, le coût salarial plus élevé et les préjugés sur l'adaptabilité. « Notre société a mis le jeunisme sur un piédestal. On exige des entreprises jeunes, dynamiques, agiles, à l'image des start-ups, en oubliant que 80 % de ces start-ups se cassent la figure au bout de 10 ans », dénonce-t-il. Quant à l'adaptabilité aux nouvelles technologies, il rétorque : « Notre génération a fait ses études à la bibliothèque, puis nous avons découvert Internet, les téléphones portables et les réseaux sociaux au fil de l'eau, et nous nous sommes adaptés ! »
Des solutions pour sortir de l'impasse
Richard propose deux solutions concrètes. D'abord, baisser les charges sur le salaire des seniors pour inciter les entreprises à les embaucher. « Aujourd'hui, nous avons 1,5 million de seniors inscrits à France Travail : veut-on continuer à les laisser mourir doucement professionnellement en touchant des allocations, ou veut-on les ramener dans l'entreprise ? » Ensuite, un changement culturel : remplacer la « pyramide des âges » par un « silo des âges » où coexistent jeunes et seniors. « Une entreprise performante, c'est justement cet amalgame », insiste-t-il.
L'autocensure, un mythe selon Richard
Contrairement à certaines idées reçues, Richard affirme que les seniors ne pratiquent pas l'autocensure. « Allez dire ça aux personnes qui sont au bord du gouffre financièrement. Quand vous êtes face au mur et que vous avez faim, vous n'avez qu'une seule obsession : passer au travers du mur. La majeure partie des seniors savent véritablement oser. »
Un avenir catastrophique sans mesures
Avec le recul de l'âge légal de départ à la retraite à 64 ans, voire plus, Richard prévoit un désastre si aucune mesure n'est prise. « Pour moi, travailler jusqu'à 67 ans ne pose aucun problème, car j'ai évolué dans le tertiaire, mais à condition que la société me permette de trouver un emploi ! Si le gouvernement repousse l'âge de la retraite sans prendre de mesures extrêmement concrètes et valorisables pour l'emploi des seniors, ce sera un désastre. »



