Chaque vague de chaleur transforme le vallon de Redebraus en refuge convoité. À Touët-de-l'Escarène, village de 300 âmes dans la vallée des Paillons, la cascade et les vasques naturelles attirent des centaines de baigneurs, souvent venus de Nice par TikTok. Pourtant, un arrêté municipal interdit la baignade depuis 2023, en raison de la pollution bactérienne due aux rejets de fosses septiques et d'un débit trop faible pour garantir une qualité d'eau acceptable. Mais l'interdiction est quasi ignorée.
Un site devenu victime de son succès
Une habitante, qui vit en bordure du sentier d'accès, témoigne sous couvert d'anonymat par crainte de représailles : « Ce qui était un lieu confidentiel est devenu un spot incontournable. Les villageois ne viennent même plus. On est dépossédés. » Elle décrit une cohabitation devenue impossible : la sente s'effondre à cause du passage incessant, et l'eau se pollue. « C'est pas qu'on ne veut pas partager, mais là c'est juste plus possible. »
Le week-end, l'afflux est tel que l'ambiance se détériore. « Des bandes de jeunes font la loi. Ils hurlent, boivent, fument du shit, mettent la musique à fond et laissent leurs déchets. Pire : ils font des barbecues juste à côté de la forêt, sans se soucier du risque incendie », poursuit-elle. « J'ai déjà appelé la gendarmerie tous les week-ends, mais ils ne se déplacent plus : ils n'ont pas assez d'effectifs pour interpeller une quinzaine de jeunes agressifs. » Elle ajoute que sa maison a été caillassée après qu'elle a demandé de baisser le bruit.
La maire tente de rassurer
Audrey Legeret, maire de Touët-de-l'Escarène, nuance : « Nous sommes très vigilants sur cet incivisme juvénile. La gendarmerie a renforcé sa présence dès la gare pour éviter les dégradations. » Elle insiste sur la nécessité de ne pas stigmatiser toute la jeunesse et rappelle que l'interdiction de baignade est motivée par des raisons sanitaires et sécuritaires. « Les gens peuvent marcher dans l'eau, mais pas se baigner. C'est trop pollué, la hausse des eaux peut être soudaine après un orage, et la baignade n'est pas surveillée. Seuls les secours en montagne peuvent intervenir, tellement c'est isolé. »
Le danger d'incendie est pris au sérieux : « Dès qu'il y a un signalement, les gendarmes verbalisent, même si parfois ce sont des familles. C'est totalement illégal. »
Des baigneurs entre inconscience et besoin de fraîcheur
Sur les rives, les jeunes venus de Nice ou des environs minimisent les risques. Carla, 18 ans, habitante de la vallée, préfère éviter les week-ends : « En semaine, il y a de la place pour tout le monde. Mais le week-end, c'est trop de monde. » Ahmed, 17 ans, et Wassim, 16 ans, originaires de quartiers niçois, plaident : « On est juste là pour se baigner, c'est la canicule. Dans nos apparts sans clim, c'est dur. » Ils rejettent la faute sur « les petits qui font le bordel », affirmant qu'ils leur demandent d'arrêter.
Bianca, 21 ans, venue de Nice avec des amies, explique avoir découvert le lieu sur TikTok : « J'ai cherché 'rivière'. Tout était expliqué. Il y avait 62 000 vues, on avait peur qu'il y ait trop de monde. » La mer, trop chaude (plus de 27 °C) et sans ombre, les a poussées vers ce vallon. « Même à La Réserve, plage plus confidentielle, il y a trop de monde », déplore-t-elle.
Un paradis menacé
La surfréquentation pose aussi des problèmes écologiques : le piétinement érode les berges, les déchets s'accumulent, et la pollution de l'eau empire. Pour les villageois, ce petit coin de paradis est devenu un enfer chaque été. « On a peur des incendies, de perdre notre tranquillité », soupire la riveraine. « J'ai pas envie d'être piégée par les flammes. »
Malgré les mesures, il semble que l'attrait de Redebraus reste plus fort que la raison. Tant que le thermomètre grimpe, les baigneurs continueront d'affluer, quitte à braver interdictions et dangers.



