La règle des 400 mètres de distance minimale entre habitations et zones boisées, censée protéger les riverains des incendies de forêt, est vivement critiquée par les professionnels du feu. Selon le colonel Jean-Claude F., porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers, 'cette norme est complètement inadaptée aux méga-feux d'aujourd'hui. C'est de la fumisterie.'
Une règle dépassée face à des incendies extrêmes
Adoptée dans les années 1990, la distance de 400 mètres visait à créer une zone tampon. Mais les feux de forêt récents, comme ceux de l'été 2022 en Gironde, montrent que les flammes peuvent franchir bien plus. 'Avec des vents violents et une végétation sèche, un feu peut sauter 800 mètres en un instant', explique le capitaine Julie M., experte en feux de forêt au SDIS 33.
Les statistiques sont éloquentes : en 2022, 72 000 hectares ont brûlé en France, contre 10 000 en moyenne annuelle. Parmi les sinistres, 65 % des habitations détruites se trouvaient à plus de 400 mètres de la lisière forestière.
Les pompiers réclament une révision des normes
Face à l'augmentation de l'intensité des feux, les syndicats de pompiers demandent une distance portée à 800 mètres minimum, voire 1 000 mètres dans les zones à risque. 'Il faut aussi imposer des débroussaillages obligatoires sur 50 mètres autour des maisons, et non 20 comme aujourd'hui', souligne le lieutenant David P.
De plus, des experts préconisent une cartographie dynamique des risques intégrant les changements climatiques. 'La règle unique ne fonctionne pas. Il faut des normes adaptées à chaque massif forestier', insiste un rapport de l'Institut national de l'information géographique et forestière (IGN).
Une lourdeur administrative contestée
Les propriétaires, eux, dénoncent des contraintes trop lourdes. 'Imposer 200 mètres de débroussaillage autour d'une maison revient à détruire des hectares de forêt privée', proteste Paul D., président de l'Union des propriétaires forestiers. Mais pour les pompiers, l'enjeu est vital : 'En 2021, 40 % des maisons incendiées auraient pu être sauvées avec un débroussaillage correct', conclut le colonel F.



