La Prime Macron, mesure historique ou simple pansement économique ?
Prime Macron : héritage durable ou simple outil conjoncturel ?

Alors que la Prime Macron ressort des placards pour lutter contre l'inflation post-détroit d'Ormuz, une question se pose : cette mesure économique sera-t-elle la plus historique du double quinquennat d'Emmanuel Macron ? La réforme des retraites suspendue, les aides à l'alternance réduites, la taxe d'habitation menaçant de revenir... Que restera-t-il de la Macronie dans 15, 20 ou 30 ans ?

Un outil malin et polyvalent

Pour Stéphanie Villers, macro-économiste à PwC France et Maroc, la prime est "un outil malin". Pensée initialement pour calmer la colère des "gilets jaunes" en 2019, la prime Macron a une durée de vie bien plus longue que prévu. Refondée en 2022 sous le nom de prime de partage de la valeur (PPV), elle a connu une deuxième jeunesse face à l'inflation suite à la guerre en Ukraine. En 2023, environ 5,9 millions de salariés en étaient bénéficiaires, soit plus que pendant la crise des "gilets jaunes" (4,9 millions) ou le Covid en 2020 (5,5 millions), selon l'Insee.

Un retour en force possible

Fixée librement par l'employeur, la PPV est exonérée de cotisations et contributions jusqu'à 6 000 euros sous conditions. Une exonération d'impôts sur le revenu est également en vigueur dans les entreprises de moins de 50 salariés en dessous de 3 Smic. Certes, depuis 2024, la PPV connaît une baisse massive d'usage : seulement 2,9 milliards d'euros y ont été consacrés en 2025, contre 4,57 milliards en 2023. Mais elle pourrait connaître un troisième retour en forme en 2026, preuve de son ultrapolyvalence. "Elle s'est déjà montrée très utile pour limiter la casse auprès du pouvoir d'achat, et pourrait servir à chaque choc exogène", estime Stéphanie Villers.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Un contexte de dettes et de crises

Avec le déficit massif de la France et l'explosion de la dette, les caisses de l'État sont vides. "Les aides de l'État et le 'quoi qu'il en coûte' vont devenir de plus en plus impossibles aujourd'hui aux vues des finances publiques", poursuit la spécialiste. Reste donc cette prime défiscalisée pour inciter les entreprises à faire un effort. Entre les caisses vides et un contexte géopolitique tendu, la prime Macron pourrait faire à nouveau parler d'elle.

Un outil pas si novateur

Alexis Guillaume, économiste à l'Institut Avant-Garde, se montre plus sceptique : "Défiscaliser ou exonérer de cotisations en période de crise, ce n'est pas très nouveau. Macron est celui qui le fait le plus, ça peut effectivement être sa marque de fabrique. Cela a quand même porté son nom." Reste à savoir la place, positive ou négative, qu'elle aura dans l'histoire économique du pays. "Une étude de l'Insee montre que l'utilisation de cette prime a eu une utilité court-termiste sur le pouvoir d'achat, mais qu'elle a découragé les augmentations de salaire plus pérennes", note l'expert. En 2024, la France avait la plus faible croissance salariale nette de toute l'Europe, avec seulement +0,7 %, contre +1,6 % pour le Royaume-Uni, 1,9 % pour l'Espagne, 2,2 % pour l'Allemagne et 2,7 % pour l'Italie.

Une double peine pour les salariés ?

Il serait rude d'imputer cette stagnation à la seule prime Macron, mais elle n'a pas aidé, selon Alexis Guillaume : "C'est une double-peine. Non seulement, à moyen terme, votre salaire n'augmente pas, mais à long terme, vous ne cotisez pas pour votre retraite avec ce genre de prime. Votre niveau de vie baisse donc." Stéphanie Villers défend : "Aujourd'hui, avec la flambée des coûts, de nombreuses entreprises n'ont plus les moyens d'augmenter les salaires et se battent déjà pour survivre." 19 243 défaillances d'entreprises ont été comptabilisées en France au premier trimestre 2026, un plus haut historique.

Un héritage en question

Alexandre Eyries, enseignant-chercheur à l'université catholique de l'Ouest, voit difficilement l'outil marquer les mémoires. "Pour un double mandat présidentiel, une prime, ça manque quand même de grandeur au moment du bilan. De Macron, on se souviendra plus du contexte géopolitique et de la dimension internationale." Des crises majeures exogènes, responsables du maintien de cette prime, mais qui la feront aussi passer aux oubliettes de l'histoire.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale