Facturation électronique : un tiers des TPE/PME pas prêtes
Facturation électronique : un tiers des TPE/PME pas prêtes

Un tiers des très petites entreprises (TPE) et petites et moyennes entreprises (PME) n'avaient pas sélectionné de plateforme agréée pour émettre ou réceptionner leurs factures électroniques à la fin du mois de juillet, selon les données de la Direction générale des finances publiques (DGFIP). Cette situation intervient alors que la réforme est entrée dans sa phase opérationnelle le 1er septembre. Face à cette échéance, les chefs d'entreprise expriment des sentiments mêlés, entre méfiance, rejet et sentiment de surcharge de travail.

Des entreprises anticipatrices mais mises à l'épreuve

Franck Cannata, fondateur et gérant de l'entreprise de transport Transcan à Carros, a anticipé la mise en place de la réforme. « On a fait tous les tests et on est prêts à lancer en production la première série de facturation électronique », assure-t-il. Cependant, il reconnaît que « ça a demandé du temps et du travail aux équipes, près de quatre mois ». Avec environ 1 600 factures éditées par mois, il a fallu harmoniser toutes les données et réaliser un important travail de saisie préalable.

« On avait une organisation hyperfluide qui fonctionnait super bien et on se retrouve à nouveau à faire des tests. En espérant qu'à terme, cela nous fasse gagner du temps », ajoute Franck Cannata. La facturation électronique induit un coût supplémentaire, celui de l'abonnement à une plateforme agréée, mais aussi une nouvelle responsabilité pour les patrons, qui pourront être tenus responsables en cas d'erreur.

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Une charge lourde pour les TPE et PME

Franck Cannata, également président de l'Union pour l'Entreprise des Alpes-Maritimes (UPE06), exprime son inquiétude : « Dans les entreprises structurées comme Transcan, cette réforme est une lourde charge de travail mais dans les PME ou les TPE où le patron est la journée sur les chantiers ou dans son usine et le soir et les week-ends en train de faire les factures et les devis, ça va être un enfer absolu. Pour ceux qui ne sont pas au fait des nouvelles technologies, cela peut être une étape cataclysmique. » Il critique également le manque de prise en compte du contexte économique : « L'Etat n'a pas tenu compte du contexte économique actuel qui est dramatique et impose une tâche administrative supplémentaire. »

L'UPE06 a organisé des formations pour ses adhérents. « On les a informés et incités à se saisir du sujet pour éviter qu'ils ne se retrouvent au pied du mur », explique Franck Cannata. Quant à l'objectif affiché par l'Etat de lutter contre la fraude, il souligne : « Certes, il y en aura moins mais ce volume prétendu de fraude améliorera-t-il la situation économique ? Là encore, on demande aux entreprises de faire ce que le gouvernement ne fait pas en son sein... »

Des chefs d'entreprise partagés entre prudence et confiance

Laurent Lachkar, à la tête de quatre concessions motos à Cannes, Saint-Laurent et deux à Nice, utilise depuis plusieurs années la facturation certifiée. Il a préféré temporiser avant de passer à l'électronique, car « il ne faut jamais être pionnier dans tout ce qui est technique ». Il a fait confiance à son cabinet comptable qui a travaillé avec sa directrice administrative et financière pour sélectionner la meilleure plateforme. « Elle nous permettra d'avoir une uniformité et une automatisation des factures qui, jusque-là, pouvaient être différentes selon les fournisseurs », se réjouit-il.

La Chambre de commerce et d'industrie de Nice Côte d'Azur a également mis en place des formations pour ses entreprises adhérentes, précise Laurent Lachkar, élu à la formation et à l'alternance. Cependant, dans les très petites entreprises, le retard est important. Marc Sanchez, secrétaire général du Syndicat des indépendants (SDI), est circonspect : « Les TPE vont entrer dans une réforme coûteuse, complexe et encore source d'interrogations sur la sécurité des données. Le gouvernement a promis tolérance et bienveillance lors de son démarrage. Nous en prenons acte et nous veillerons à ce que cet engagement soit pleinement respecté sur le terrain. Les professionnels de bonne foi ne doivent pas devenir les victimes des difficultés de mise en œuvre d'une réforme qu'ils n'ont pas choisie. »

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Des entrepreneurs locaux acculés et critiques

Plusieurs entrepreneurs locaux ont accepté de témoigner anonymement, aucun n'étant prêt pour la réforme et tous la jugeant non pertinente. Hervé, autoentrepreneur en serrurerie dans la métropole niçoise, s'interroge : « Mais qui a inventé pareille réforme ? » Il dénonce un « casse-tête » : « Tous les soirs je passe des heures à écrire au comptable pour lister tout un tas de renseignements. Mon métier, c'est d'être sur les chantiers, pas derrière un ordinateur. Je suis un petit artisan. Cela nous oblige à prendre un expert-comptable parce que bonjour pour savoir quelle plateforme agréée choisir ! C'est du boulot en plus. Au final pour quoi ? ça fonctionnait très bien avant. Ils veulent éviter les travaux non déclarés ? Ce n'est pas avec cette réforme que ça va changer. Est-ce que ça va nous simplifier la vie ? Pour l'instant, ça la complique énormément, à un moment où on a franchement pas besoin de ça. La conjoncture actuelle nous plombe déjà bien assez le moral et notre énergie. »

Sylvie, dirigeante d'une entreprise de plomberie, avoue : « Honnêtement, je ne me suis pas encore penchée sur la question. Mon expert-comptable s'est occupé de tout je crois (rires). On va faire comme tout le monde mais ça va être une lourdeur administrative de plus, alors qu'on avait un super logiciel et surtout, que je n'ai plus de secrétaire. » Charles, gérant d'un cabinet de syndic azuréen, confie : « Je vais être franc, j'ai laissé carte blanche à l'expert-comptable. On a parlé de cette réforme il y a quelques temps déjà mais sans rentrer dans les détails. Il s'en occupe mais il va falloir que je lui demande comment faire, par exemple, avec les fournisseurs d'énergie qui facturent des copropriétés, car les immeubles n'ont pas de numéro SIRET (sauf ceux avec gardiens). Et le SIRET est une mention obligatoire pour valider une facture électronique. J'avoue que je n'ai pas encore posé la question. Je vous dirais ça dès qu'il m'aura convoqué (rires). »