Alors que la France subit une nouvelle vague de chaleur, une enquête de la Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) révèle que seuls 20 % des salariés français disposent d'une climatisation efficace sur leur lieu de travail. Ce chiffre, publié le 25 juin 2025, met en lumière une fracture nette entre les catégories socioprofessionnelles et les secteurs d'activité.
Des disparités marquées selon les secteurs
Les employés de bureau dans les grandes entreprises du tertiaire sont les mieux lotis : près de 60 % d'entre eux travaillent dans des locaux climatisés. À l'inverse, les ouvriers du bâtiment, les livreurs ou les agents d'entretien sont exposés à la chaleur sans aucune protection technique. Selon la Dares, 85 % des ouvriers non qualifiés déclarent ne bénéficier d'aucun système de rafraîchissement.
« La climatisation est devenue un marqueur de statut social », analyse Sophie P., sociologue du travail interrogée par Libération. « Dans les open spaces des sièges sociaux, la température est régulée à 22 °C, tandis que sur les chantiers ou dans les entrepôts, on peut atteindre 35 °C sans aucune mesure. »
Des conséquences sur la santé et la productivité
Ces inégalités thermiques ont un impact direct sur la santé des travailleurs. L'Institut national de recherche et de sécurité (INRS) rappelle que les fortes chaleurs augmentent les risques de coups de chaleur, de déshydratation et de troubles de la concentration. Une étude de l'Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail estime que la productivité chute de 20 % lorsque la température dépasse 30 °C.
Pourtant, la réglementation française reste floue. Le Code du travail impose à l'employeur de garantir « des conditions de travail conformes à la sécurité et à la santé », mais aucune température maximale n'est fixée. « Il y a un vide juridique », déplore Me Jean Dupont, avocat en droit social. « Les employeurs doivent prendre des mesures, mais sans seuil précis, il est difficile de les contraindre. »
Des solutions alternatives à la clim
Face à la canicule, certaines entreprises innovent sans recourir à la climatisation énergivore. La start-up parisienne GreenWork a installé des brumisateurs, des ventilateurs silencieux et des stores réfléchissants dans ses locaux. « Nous avons réduit la température de 4 °C sans clim, ce qui diminue notre empreinte carbone de 30 % », affirme sa fondatrice Léa Martin.
D'autres optent pour des horaires décalés, comme le groupe de BTP Eiffage qui avance les chantiers le matin. « Nos ouvriers commencent à 6 h et s'arrêtent à 13 h pendant les pics de chaleur », explique son porte-parole. Une solution saluée par les syndicats, mais encore trop rare.
Un enjeu de justice sociale
Pour les défenseurs des droits des travailleurs, la climatisation au bureau est un enjeu de justice sociale. « Les inégalités face à la chaleur reflètent les inégalités de classe », souligne la CGT dans un communiqué. Le syndicat réclame l'intégration d'un « droit à la fraîcheur » dans le Code du travail, avec des obligations concrètes pour les employeurs.
À l'heure où les canicules se multiplient avec le changement climatique, la question devient cruciale. Selon Météo-France, les épisodes de forte chaleur ont triplé depuis 1980. Sans mesures structurelles, l'écart entre les « travailleurs au frais » et les « travailleurs au chaud » risque de se creuser encore davantage.



