Il fait plus de 30 degrés, même à l'ombre. Le vent, s'il existe, sort tout droit d'un sèche-cheveux. Le soleil brûlerait Edward Cullen en quelques secondes. Il fait chaud, très chaud, trop chaud. Les déodorants ne suffisent plus. Les vêtements sont trempés. Les volets sont fermés. Et on oublie même les verres en terrasse au soleil pour ne pas fondre. Une canicule inattendue en pleine saison printanière qui donne un avant-goût de l'enfer à bon nombre de Français.
Mais un Gaulois résiste, ou plutôt un relou : celui qui se ravit des 30 degrés et qui supporte super bien la chaleur. Vous savez, celui qui vous dit « Oh ça fait du bien un peu de chaleur, il fait bon ! », tout sourire, en petite chemise, tout frais, pendant que vous essuyez tant bien que mal votre sueur sur le front… Ce relou là. Le seul qui profite cette semaine.
Pourquoi c'est relou ?
Parce que, nous, on a trop chaud, en fait. On ne comprend tout simplement pas comment quelqu'un peut supporter ces températures et ça nous fait limite culpabiliser : « Est-ce que c'est nous qui sommes trop sensibles ? ». Mais, non, ce sont eux les relous… Pendant qu'on cherche à s'enfermer au frais, ils proposent un petit footing à 14 heures pour « profiter du beau temps ». Ils veulent absolument vous prendre dans les bras, quitte à rajouter 10 degrés sur vous. Ils veulent absolument ouvrir la fenêtre pour aérer l'appart. Et certains relous interdisent même de mettre la clim.
« Mon mec est comme ça et c'est vraiment un enfer. On habite dans un 40 mètres carrés à Paris exposé plein sud… Mais on a cette chance d'avoir une petite clim pour rafraîchir notre appart », explique Sarah, en couple depuis quatre ans avec Emilien. Mais les amoureux font face à un problème de taille ou plutôt bouillant dans leur relation : « Il ne veut absolument pas allumer la clim depuis qu'il fait super chaud à Paris… », s'agace la consultante de 34 ans. Et oui, Emilien fait partie de ces relous : « Il dit qu'il fait pas si chaud et que ça fait du bien ces températures. C'est un fou ! Il fait 27 degrés chez nous… faire du bien de quoi ? Je dors pas la nuit tellement j'ai chaud et j'ai rarement autant transpiré de ma vie », s'emporte Sarah qui pense fortement à aller dormir chez des amis durant la semaine car les chaleurs sont devenues invivables.
Que disent les relous ?
« Oui il fait chaud, mais pas de là à en mourir parce qu'on n'a pas mis la clim à l'appart », rétorque Emilien indirectement à Sarah. Du haut de ses 36 ans, le « pur sudiste » est un grand habitué des hautes températures alors, une canicule de plus ou de moins… « Je ne comprends pas pourquoi on devrait forcément se plaindre quand il fait chaud ? C'est très bien ! C'est agréable de porter un simple tee-shirt et un short et de se balader sans se cailler. Faut juste se mouiller un peu la tête et boire beaucoup d'eau… », prône le Parisien d'adoption qui n'échangerait ce temps « pour rien au monde ».
Il existe aussi dans le Sud-Ouest, ce relou : « J'ai la sensation du chaud quand même mais j'apprécie vraiment la chaleur, j'aime bien ce temps-là car je me dis que c'est bientôt l'été et les vacances. Depuis tout petit, j'ai toujours kiffé », se targue Antoine* qui assume être dans son « élément », contrairement à l'hiver. « Je poursuis les mêmes activités, ça ne change pas mon mode de vie. Pour l'aspect écologique aussi, je ne mets pas de clim chez moi mais c'est parce que je supporte la chaleur, moi », avoue le trentenaire toulousain, relou, certes, mais réaliste : « Je comprends tout à fait que ce ne soit pas supportable pour les personnes malades par exemple, les personnes en situation d'obésité, etc. »
Ce que dit la science
Pour Basile Chaix, directeur de recherche à l'Inserm sur le changement climatique et la santé, interrogé par 20 Minutes, deux critères principaux expliquent pourquoi ces relous vivent leur meilleure vie sous des températures aussi élevées : « Il y a une question de génétique qui rentre en jeu mais aussi une question d'habitudes. » Selon le chercheur, si Emilien ou encore Antoine supportent ces 30 degrés, c'est surtout grâce à deux mécanismes : « Une transpiration efficace et la vasodilatation périphérique, c'est-à-dire que les extrémités de l'arbre vasculaire se dilatent, donc l'organisme envoie du sang en dehors du corps pour chercher à la refroidir. » Et sur ces deux mécanismes, vous l'aurez compris, les relous gagnent un peu plus à la loterie.
Autre point non négligeable : la génétique. Et oui, en fonction de l'origine géographique de vos ancêtres, surtout s'ils viennent des pays chauds, vous pouvez faire partie des relous.
Mais pas de panique, pour ceux qui soufflent à cause de la chaleur (et des commentaires des relous), Basile Chaix « tempère ». En effet, « on observe une adaptation à la chaleur au cours de la saison. Notre organisme est surtout pris de court par cette vague de chaleur. » En revanche, les bébés, les personnes âgées, une majorité des femmes, les personnes en surpoids ou certains malades sous traitement n'auront jamais la chance d'être ce relou…
Notre dossier sur les relous du quotidien
Comment dire au relou qu'il est relou ? Peut-être en l'obligeant à porter un pull et un manteau sous 30 degrés puisqu'il ne fait « pas si chaud » ? Mais pour plus de diplomatie, il faudrait déjà garder son calme et expliquer que l'être humain n'est pas censé bien vivre sous ces chaleurs qui sont un signe alarmant du changement climatique. Car oui, la température idéale pour l'homme est bien de 20 degrés, selon un consensus scientifique et pas celle d'une canicule printanière que l'on connaît actuellement.
* Le prénom a été modifié.



