Lors des épisodes de canicule, les habitudes de consommation des Français se transforment radicalement. Les secteurs du rafraîchissement et de l'alimentation estivale explosent, tandis que les restaurants et commerces de centre-ville subissent une forte baisse de fréquentation.
Ventilateurs et climatiseurs : des ventes multipliées par 1000
Dans les supermarchés, en ligne et dans les enseignes d'électroménager, les ventilateurs et climatiseurs s'arrachent. Selon Alexandre Bompard, PDG de Carrefour, au moins 30 000 unités ont été vendues lundi, soit 1 000 fois plus qu'une journée normale.
Sur Amazon, les ventes de ces appareils ont quasiment doublé la semaine dernière par rapport à la même période en 2025, rapporte un porte-parole du groupe à l'AFP. Chez Boulanger, les ventes ont commencé dès avril, signe d'une anticipation accrue des consommateurs, qui se tournent vers des appareils plus chers et de qualité supérieure.
Dans les magasins Fnac Darty, ces produits partent très vite, mais les risques de tensions sur les stocks sont ponctuels, selon le groupe, qui assure des arrivages quotidiens.
Couvertures de survie et blanc de Meudon : les astuces bricolage en vogue
Pour protéger les logements de la chaleur, les Français adoptent des solutions de bricolage. Les couvertures de survie suscitent un intérêt croissant, selon Decathlon. Le blanc de Meudon, une poudre proche de la craie, est également utilisé pour protéger les fenêtres du soleil, comme le montrent de nombreuses vidéos sur les réseaux sociaux.
L'ingénieur Pascal Lenormand s'étonne de l'engouement pour deux de ses vidéos cet été : plus de 6 millions de vues sur Instagram alors qu'il n'a que 35 000 abonnés. "Cela nous réjouit que les gens s'approprient cette astuce", déclare-t-il, citant des parents qui équipent les écoles et des agents de collectivités locales.
Juliette, 30 ans, habitante d'un appartement parisien sous les toits, a acheté du blanc de Meudon il y a dix jours en prévision des fortes chaleurs. Elle a dû expliquer au vendeur de sa quincaillerie, étonné, pourquoi beaucoup de clients lui en réclamaient, témoigne-t-elle à l'AFP.
Glaces, gaspacho et produits solaires : les ventes explosent
Dans les grandes surfaces, les Français sont passés en "mode consommation canicule", selon Alexandre Bompard. Les ventes de produits météo-sensibles explosent. La précédente vague de chaleur en mai avait déjà entraîné un bond des ventes de glaces de 50 % sur un an, et de 32 % pour les sorbets, indique Gaëlle Le Floch, experte grande consommation chez Kantar Worldpanel.
Les ventes de produits solaires ont été multipliées par deux, tandis que les soupes fraîches ont augmenté de 46 %, les panachés et bières sans alcool de 30 %, les salades fraîches de 29 %, et les produits dépilatoires de 30 %. Pour Dominique Schelcher, PDG de Coopérative U, le rayon fruits et légumes (pastèques, melons, concombres) bat tous les records ces derniers jours.
Centres commerciaux et cinémas plébiscités
En quête de fraîcheur, les chalands se réfugient dans les centres commerciaux. Leur fréquentation a grimpé de 4,6 % sur les six derniers jours, selon leur fédération (Fact). En Île-de-France et dans le Nord-Ouest, cette hausse atteint 6,2 %.
Les salles obscures sont également prisées. Marc-Olivier Sebbag, délégué général de la Fédération nationale des cinémas français (FNCF), souligne que "on est à 2,3 millions de spectateurs de mercredi à dimanche soir, soit le double de l'année dernière à la même époque", un niveau largement supérieur à celui d'avant le covid.
Commerces de centre-ville et restaurants boudés
À l'inverse, les commerces indépendants en rue subissent une catastrophe, selon Pierre Talamon, président de la Fédération nationale de l'habillement, qui redoute des centres-villes déserts malgré les soldes.
Dans les restaurants, la canicule entraîne une baisse de fréquentation colossale, de 60 à 80 % depuis le début de l'épisode, déclare Franck Chaumes, président de la branche restauration de l'Umih. La majorité des établissements ne sont pas climatisés, et il estime qu'il va peut-être falloir s'y mettre pour offrir aux salariés des conditions de travail adaptées.



