Les agriculteurs étaient attendus comme les Avengers, mais ils n'étaient pas au rendez-vous. Le 17 octobre, lors de la mobilisation nationale sur le pouvoir d'achat, les agriculteurs ont brillé par leur absence, provoquant la colère de la Gen Z qui les accuse de trahison et lance un appel au boycott de l'agriculture française.
Une absence remarquée dans le cortège
Dans les vidéos relayées sur les réseaux sociaux avant le 17 octobre, la Gen Z imaginait le mouvement comme une scène du MCU : Captain America représentant les lycéens, rejoint par les gilets jaunes, les pompiers, les chômeurs, les étudiants, les retraités, les travailleurs et les agriculteurs pour mener une dernière bataille victorieuse contre Thanos, représentant Emmanuel Macron et son gouvernement. Mais dans le cortège de samedi, la réalité était tout autre : jeunes, moins jeunes, familles, étudiants, lycéens, avocats, profs, chômeurs… De nombreux profils très différents, mais pas la moindre fourche à l’horizon, ni tracteurs ni bottes de paille.
Une grève à contretemps
Les agriculteurs ont préféré attendre le lundi suivant pour bloquer l’autoroute A47 afin de dénoncer la baisse de leurs revenus et défendre l’avenir de leur profession. Une grève à contretemps, très mal accueillie par les manifestants du week-end. Sur X, les internautes ont exprimé leur mécontentement : « Ce week-end c’était aquaponey ? », « Ils se réveillent toujours après ceux-là », « C’était ce samedi qu’il fallait se mobiliser, vous faites exprès ??? ».
Rien n’avait pourtant été annoncé ni promis. La veille de la mobilisation, la FNSEA, premier syndicat agricole de France, avait été très claire : ses adhérents ne participeraient pas à cette journée de mobilisation nationale sur le pouvoir d’achat. Intervenant au micro de BFM TV-RMC, son président Arnaud Rousseau avait tranché : « En ce qui concerne la FNSEA, nous n’y serons pas. Pour une raison assez simple, c’est la pleine période du boulot dans nos champs. »
La Gen Z appelle au boycott
Il n’en fallait pas plus pour que la Gen Z exprime son amertume et lance un appel au boycott pur et simple de l’agriculture française. Dans une vidéo TikTok cumulant plus de 95.000 likes, la créatrice LaVegz ne mâche pas ses mots au lendemain du 17 octobre : « Écoutez-moi les agriculteurs, bande de traîtres, je le dis haut et fort, c’est fini », lance-t-elle en colère. Elle ajoute : « Je suis vegan, je vais acheter tous mes fruits et légumes au Portugal, Maroc, Espagne. C’est fini, j’achète plus rien de français. Nous, on était là pour vous soutenir, pour dire qu’il faut acheter français, acheter local, alors que ça coûte plus cher. J’ai même plus envie de vous entendre vous plaindre. »
Dans les milliers de commentaires qui complètent la publication, la jeunesse se lâche sans filtre : « Les citrons seront du Guatemala », « Les agriculteurs vous allez vite lire l’heure », ou encore « Ils nous aiment pas, ils votent RN ».
Même colère dans une vidéo postée par Gaby Drnk : « Les agriculteurs qui pleurent tout au long de l’année, qui pleurent au salon de l’agriculture, tous les jours, ils nous font pitié, ''consommez français'', y’en a plein qui se suicident… Et le jour où on vous attend pour faire du bruit, pour vous faire entendre et participer à toutes les revendications en France, vous faites les traîtres ? Donc votre racisme, votre xénophobie est plus forte que vos revendications ? », s’insurge la créatrice de contenu. De son côté, Tartarzann et sa communauté demandent également des comptes au monde agricole, martelant la même sentence : désormais, les achats se feront à l’étranger.
Une fracture entre la jeunesse urbaine et le monde agricole
Sur X, le ressentiment est tout aussi virulent. Moha n’en démord pas au soir des cortèges : « Ils sont où les agriculteurs ?? j’en vois aucun. Et après ils viendront pleurer quand on consommera pas ''français'' », un post liké près de 35.000 fois. Pour Aymane, le constat est sans appel : « L’histoire retiendra que les agriculteurs nous ont trahis ce 17. » Cansado, soutenu par 28.000 mentions j’aime, analyse le blocage à sa manière : « Les agriculteurs encore une fois viennent trahir les mouvements sociaux parce qu’ils ont horreur d’être aux côtés des banlieues. » Lola tranche quant à elle le débat de façon pragmatique : elle annonce aller « vérifier que mes tomates sont espagnoles et que mon bœuf est argentin bandes de zgeg ».
Mais que pensent les agriculteurs de tout ça ? Pas de communiqué à la suite du rassemblement et pas de réactions officiellement… le monde agricole semble se désolidariser totalement du mouvement. Contactée par 20 Minutes, la FNSEA n’a pas répondu à nos sollicitations pour l’heure. Cette guerre parallèle au mouvement pourrait marquer une véritable fracture entre la jeunesse urbaine et le monde agricole dans des temps troubles.