Guitare en verre : le défi fou du maître verrier de Biot
Guitare en verre : le défi fou du maître verrier de Biot

À l'occasion de la fête de la musique 2026, une création originale a vu le jour à Biot : une guitare mythique entièrement en verre, façonnée par le maître verrier Léo, 39 ans. Cette pièce unique, fruit de plus de cent heures de travail, est née d'un défi lancé par Joseph, ingénieur en métallurgie à la retraite et musicien amateur.

Un défi autour d'un café

Tout commence autour d'un café, en terrasse à Biot. Joseph et Léo évoquent le savoir-faire des artisans de Murano, en Italie. « J'avais vu, il y a une vingtaine d'années, une guitare réalisée par l'un d'eux. Je trouvais cela magnifique mais aussi extrêmement technique à concevoir », se souvient Joseph. Le défi est lancé : reproduire une guitare mythique, la Stratocaster® de Leo Fender, entièrement en verre. Léo, dans le métier depuis onze ans et demi, accepte.

Trois techniques pour une pièce unique

La réalisation a nécessité réflexion, recherches et patience. « Sur cette pièce, j'ai utilisé trois techniques complètement différentes », explique le maître verrier, montrant un croquis fait main avec les mesures. « Ce sont mes antisèches, on ne peut pas revenir en arrière avec le verre. » La tête du manche a été réalisée dans un moule, le manche travaillé à chaud puis à froid pour obtenir de la pâte de verre. L'étape la plus délicate : la caisse, faite de neuf kilos de verre soufflé à la canne et sculpté à chaud. Une prouesse technique car la pièce creuse nécessitait de maîtriser l'épaisseur des deux parois pour conserver le volume.

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Un travail d'orfèvre

Pour l'effet marbré, « quatre ou cinq couleurs différentes – tabac, marron, Sahara – ont été superposées à chaud. Une fois le volume et le décor créés, on souffle la pièce et on la sculpte. On travaille avec du papier journal plié et humidifié car c'est le moyen le plus sûr de modeler avec nos mains à plus de 1 000 degrés sans se brûler », détaille l'artisan. Trois personnes ont été nécessaires pour la caisse. Liège, fers, pincettes, ciseaux : ce travail d'orfèvre a demandé plus d'une centaine d'heures. « Pour les marquages sur le manche, c'est un travail minutieux de dépolissage par sablage : on projette du sable sous pression pour rendre la matière mate. »

Une reconversion réussie

Entre le manche et la caisse, une discrète pièce métallique relie les deux parties, clin d'œil à la première vie professionnelle de Léo, carrossier-tôlier pendant dix ans. Sa passion pour le verre remonte à l'enfance : à 12 ans, il apprend les gestes auprès de son père, verrier biotois pendant 43 ans. « C'est une passion de père en fils. Il ne voulait pas qu'on suive cette voie à cause d'une grosse crise dans le secteur. Pendant six mois, il nous a enseigné la cueillette du verre. Tant que ce n'était pas parfait, on ne continuait pas. Sa phrase, c'était : "si ça vous passionne, vous continuez. Si vous arrêtez, c'est que vous n'aimez pas ça". »

Accepter l'échec et la patience

Fasciné par la fusion et la transformation des matières, Léo a fait de cette exigence technique un métier. « Il faut savoir accepter l'échec, il faut de la patience et travailler au rythme du verre, puis avoir l'envie d'apprendre pour continuer de progresser. » La guitare unique trouvera sa place chez Joseph. Son prix n'est pas encore fixé. « C'est toujours délicat, puisqu'il s'agit d'un prototype », glisse Léo. Des modèles similaires pourraient être proposés au tarif d'une guitare de série haut de gamme. « Prouver que nous avons de tels talents chez nous, à Biot, au même titre qu'à Murano, c'est exceptionnel », conclut-il.

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