Jeudi 24 septembre, la maison Villefranche Enchères Riviera dispersera le premier volet de la collection personnelle des galeristes Chantal et Brigitte Helenbeck, figures de la scène artistique azuréenne. Cette vente hors du commun, orchestrée par la commissaire-priseuse Anaïs Ripoll, réunit des robes du soir décorées par Arman ou Jean-Michel Folon, des fauteuils signés Patrick Moya ou Claude Gilli, ainsi que des œuvres de l’École de Nice et du street-art. L’objectif est double : disperser des œuvres et perpétuer la mémoire de Chantal Helenbeck, décédée en novembre 2024, à travers le parcours retracé avec sa sœur jumelle Brigitte.
Un travail colossal pour reconstituer l’esprit de la galerie
Anaïs Ripoll confie avoir éprouvé « un immense bonheur professionnel et humain » en découvrant cet ensemble. « Quand on vend une collection de ce type, c’est ce qui redonne tout son sens à notre métier », explique-t-elle. Habituellement, lors d’un dossier de succession classique, les ventes sont thématiques. « Là, nous constituons un tout cohérent. Ce sont des ventes qui ont une âme. »
Pour préparer cette vente, un travail colossal a été nécessaire. « Avec Brigitte Helenbeck, un lien de confiance profond s’est tissé. Nous avons passé des heures à plonger dans les archives et à ressortir des photographies, j’ai été admise au plus près de son intimité », raconte la commissaire-priseuse. Durant plusieurs semaines, l’esprit de la galerie a été reconstitué au sein de l’étude à Villefranche.
Un parcours digne d’un roman sur la Côte d’Azur
Les sœurs Helenbeck sont issues d’un milieu très modeste. Brigitte se marie à 16 ans avec Marc Francl, restaurateur de meubles débutant. Ce dernier croise la route de Jean Gismondi, futur empire des antiquités, qui tient alors un simple bric-à-brac. Gismondi remarque la beauté de la femme de Marc, qui lui répond qu’elle a une sœur jumelle, Chantal. Un quatuor inséparable se forme.
Grâce à leur rencontre décisive avec César, les jumelles s’installent à la Bastide du Roy à Biot et rassemblent l’élite artistique de l’époque. Elles rayonnent sur la Côte d’Azur pendant plus de vingt-cinq ans, marquant la scène niçoise de 1999 jusqu’à la fermeture de leur galerie de la rue Defly pendant le Covid, sans oublier leur adresse parisienne de la rue des Beaux-Arts ouverte en 2005.
L’« art à porter » : des robes vendues 40 000 euros pièce
Sous l’influence de César, elles élaborent à la fin des années 1990 un concept inédit et visionnaire : l’« art à porter ». Des artistes peignent et customisent des robes de haute couture et des sacs à main, créant des pièces uniques, de véritables « tableaux vivants » comme les qualifiait Ben. Les défilés s’enchaînent avec un succès retentissant à Monaco – le tout premier se tient dans l’atelier d’Arman – à Cannes ou lors des grands événements de la Riviera. Les robes se vendaient en moyenne 40 000 euros pièce.
Face à la récupération du concept textile par le marché de masse, elles ont fait pivoter leur démarche vers le mobilier. Elles ont demandé à des artistes contemporains d’intervenir sur des meubles, parfois anciens ou d’époque XVIIIᵉ mis à disposition par Gismondi, puis sur du design des années 1950 à 1970. S’asseoir sur un fauteuil peint par Patrick Moya ou Claude Gilli constituait une formidable transgression ludique.
Le street-art lancé depuis la gare d’Avignon
Les sœurs marchaient au coup de cœur. Un jour, en gare d’Avignon, Brigitte découvre le travail de JonOne sur des panneaux mis à disposition par la SNCF. L’artiste était alors inconnu. Avec sa sœur, elles vont le lancer jusqu’à ce qu’il devienne la star mondiale du street-art qu’il est aujourd’hui. En 2009, elles organisent à New York l’exposition Whole in the Wall, imposant le street-art en galerie officielle à une époque où il était considéré encore comme un acte de vandalisme.
Des figures majeures côtoient dans leur collection des plasticiens comme Larry Rivers, précurseur du pop art américain, mais aussi Quentin Derouet, Sandra Lecoq ou Fred Meliani. On trouve aussi des photographies où Brigitte elle-même servait de modèle, comme dans cette composition signée Lorieux en hommage à L’Origine du monde.
Une vente motivée par des drames personnels
La décision de vendre s’est imposée à Brigitte Helenbeck après une série de drames personnels. Le décès brutal de sa jumelle Chantal en novembre 2024, puis en avril 2026 de son compagnon depuis vingt ans, l’artiste Fabrice Medina (lauréat de la Villa Arson) à l’âge de 53 ans. Face au stock accumulé depuis la fermeture de la galerie, Brigitte a choisi de régler sa succession de son vivant, ne voulant pas laisser ce fardeau logistique à ses filles. Ce premier chapitre d’une dispersion en comptera d’autres, puisqu’une trentaine de robes d’exception sont encore dans les réserves.
Les pépites de la vente du 24 septembre
Ce premier volet d’enchères réunit un ensemble exceptionnel de pièces uniques, retraçant près de trois décennies de création et d’amitiés artistiques. Cinq robes et cinq sacs à main inédits seront soumis aux enchères : deux robes et un sac ornés par Arman, une robe et une cape signées Jean-Michel Folon, ainsi que des ensembles rehaussés par Louis Cane ou Rachid Khimoune, qui y a imprimé ses célèbres traces de pneus. Les estimations oscillent entre 2 000 et 5 000 euros pour les tenues de haute couture, et entre 500 et 800 euros pour les sacs.
Le mobilier customisé est représenté par deux paires de fauteuils peints par Patrick Moya (1 800 à 2 000 euros chacun) et une remarquable paire de fauteuils réalisée par Claude Gilli (3 000 à 4 000 euros). Le street-art sera représenté par des panneaux de boiseries peints par JonOne (800 à 1 000 euros) et des dessins de Klone. La vente propose aussi des tirages d’Arno Bani, de Joseph Dadoune, de Laurent Elie Badessi, ou de Fred Meliani.
Des œuvres audacieuses comme un « penis carpet » de Sandra Lecoq côtoient des toiles peintes à l’extrait de roses par Quentin Derouet. Ou encore des reliefs en polycarbonate de Marie-Noëlle de la Poype (300 à 500 euros), des dessins de Sara Stites, ainsi qu’une création délicate signée Sarah Hall. Témoins enfin de la proximité des jumelles avec les monstres sacrés de l’École de Nice : un centaure de César dédicacé « Pour ma Chantal », un dessin de théière par le même sculpteur, un feutre d’Arman dont la peinture coule pour former le prénom Brigitte, ou encore des portraits par Khimoune.
La vente se tiendra jeudi 24 septembre à 14h sur place (Villefranche Enchères Riviera, 2, avenue Albert 1er à Villefranche-sur-Mer) ou sur Drouot Live et Interenchères Live. Une exposition publique est prévue mercredi 23 septembre de 9h30 à 12h et de 14h à 17h ou sur rendez-vous. Renseignements au 04.97.13.82.94 ou sur www.villefranche-encheres-riviera.fr.



