Var-matin : pionnier de l'impression couleur en 1970
Var-matin : pionnier de l'impression couleur en 1970

Le samedi 12 septembre 1970, les lecteurs de Var-matin découvrent en une la première photo en couleurs du journal : la toute nouvelle rotative Goss Metro qui imprime le quotidien. L’ordre avait été donné par le patron lui-même. « Jacques Defferre avait demandé que tous les ouvriers portent un t-shirt rouge le jour de la photo », se rappelle Jo Minniti, alors chef du service photo de Var-matin, arrivé à la rédaction en 1963. Pourquoi rouge ? « Parce qu’il s’agissait de la première photo en couleurs que le journal allait publier et qu’il fallait mettre quelque chose qui tranche avec les clichés noir et blanc habituels », se souvient le photographe missionné pour accompagner cette révolution technologique.

Une prouesse technique pour l’époque

En grand à la une du 12 septembre 1970, les lecteurs découvrent donc une photo de « la prestigieuse Goss Metro », la « rotative offset la plus moderne au monde », assurent le titre et la légende qui l’accompagnent. Il est vrai que la machine américaine en jette. Elle est énorme, de la taille d’un petit immeuble si on compte la partie inférieure non visible sur l’image qui accueille les bobines de papier. Elle est de couleur grise, comme le sont souvent les équipements industriels, mais les opérateurs, à l’exception du chef vêtu d’une blouse blanche, sont bien visibles en rouge, comme l’avait demandé le patron.

L’anecdote peut faire sourire dans un monde où il est aujourd’hui possible de faire de très belles photos avec un simple téléphone. Mais à l’époque, reproduire un cliché en couleurs sur les quelque 100 000 exemplaires qui sortaient chaque nuit du centre d’impression d’Ollioules était une véritable prouesse. Le 15 août 1971, Var-matin est fier de présenter une vue aérienne en couleurs de son nouveau siège, qui sera délaissé en 1998.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

La vision de Jacques Defferre

Dès la fin des années 1960, le centre d’Ollioules a été imaginé pour cela : offrir un nouveau siège à Var-matin et faire entrer le journal dans l’ère moderne de la presse. Le visionnaire Jacques Defferre, frère de Gaston Defferre, propriétaire du Provençal à Marseille, fait le choix d’un procédé nouveau : l’offset. Terminée la fastidieuse composition des pages au plomb et à la linotype dans l’atelier exigu de la rue Truguet, dans le centre de Toulon. Les pages sont imaginées et tracées sur d’immenses feuilles de papier, prises en photo et finalement reproduites sur des plaques d’aluminium photosensibles. Ce sont ces plaques offset qui, imposées sur les cylindres de la rotative, permettent l’impression sur du papier, par un procédé chimique qui joue sur l’opposition entre l’eau et les corps gras, en l’occurrence les encres.

À jamais les premiers

En France, seule La Nouvelle République s’est déjà dotée d’un tel équipement moderne, en 1969. En Europe, les titres capables d’imprimer en couleurs se comptent sur les doigts d’une main. « Avec son tout nouveau siège et sa rotative Goss, Var-matin était alors le journal le plus moderne d’Europe ou a minima de France », rappelle Jo Minniti, qui se souvient de la fierté des hommes et des femmes qui y travaillaient. Il faudra encore attendre plusieurs années pour que les puissants journaux des départements voisins, Le Provençal et Nice-Matin, fassent à leur tour leur mue, se dotent d’un siège moderne et de machines capables de rivaliser avec celle de Var-matin.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Mais imprimer des photos couleurs est une chose. Encore faut-il prendre les clichés en amont. « Au début, nous ne disposions que d’un seul boîtier. Et le service photogravure nous demandait que l’on fournisse la diapositive au moins quatre jours avant parution, ce qui n’était pas vraiment compatible avec l’actualité et qui demandait beaucoup d’anticipation », ironise Jo Minniti, qui court alors le département pour saisir le Var avec ses plus belles couleurs. « Cela a obligé les photographes à être tout le temps bons. La couleur ça ne pardonne pas pour l’exposition. On s’imposait de soigner le cadre même pour une photo simple », insiste Jo Minniti. Une école Var-matin de la photo de presse ? Assurément. À la mort de Gaston Defferre, Le Provençal est racheté par le groupe Hachette. Et c’est à Var-matin que le journal vient débaucher son patron de la photo pour améliorer la qualité de ses illustrations.