L'UE vote des mesures pour sauver la filière viticole face à la crise structurelle
UE : mesures pour sauver la filière viticole en crise

L'Union européenne tente de sauver une filière viticole en pleine crise structurelle

Les déboires persistants de la filière viticole européenne trouveront-ils enfin une réponse dans les mesures votées mardi 10 février au Parlement européen ? Le consensus politique est impressionnant : 625 voix se sont prononcées en faveur de cette adaptation des règles concernant la viticulture, contre seulement 15 oppositions et 11 abstentions. Du Parti populaire européen (PPE) aux Verts, en passant par les Patriots for Europe et les souverainistes d'ESN, tous les groupes politiques ont soutenu le texte négocié avec le Conseil de l'Union européenne.

Une crise confirmée par des chiffres alarmants

Ce vote intervient à un moment particulièrement critique pour la filière. La Fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France (FEVS) vient en effet de publier des données préoccupantes pour 2025 : les exportations françaises de vins et spiritueux ont reculé de 8 % en valeur, tombant à 14,3 milliards d'euros. La situation est particulièrement dramatique aux États-Unis, premier marché mondial, où le repli atteint 21 %, soit 3 milliards d'euros perdus en une seule année. Cette chute s'explique par l'effet combiné des tarifs douaniers imposés par l'administration Trump (15 %) et d'un taux de change euro-dollar défavorable pour les exportateurs européens.

Bruxelles finance désormais l'arrachage des vignobles excédentaires

Le règlement adopté par l'UE apporte plusieurs innovations majeures. Première mesure symbolique : l'arrachage définitif des vignobles excédentaires pourra désormais être financé directement par des fonds européens, et non plus seulement par des budgets nationaux. L'Union européenne couvrira 100 % des coûts d'arrachage et jusqu'à 80 % des coûts de restructuration des vignobles. Cette mutualisation vise à assurer « l'égalité des chances pour les viticulteurs dans les différents États membres », selon Esther Herranz García (PPE, Espagne), la rapporteure du texte.

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L'ampleur de la crise se mesure concrètement dans les vignobles français. En 2024, 36 200 hectares de vignes ont ainsi été arrachés en France, soit 4,8 % du vignoble national en production. Le plan national a concerné 27 461 hectares répartis sur 5 418 dossiers, auxquels s'ajoutent 8 726 hectares arrachés spécifiquement dans le Bordelais via le plan déployé par le Conseil interprofessionnel, l'État et la région Nouvelle-Aquitaine.

Le paradoxe cruel : production en hausse malgré les arrachages massifs

La crise frappe de plein fouet certaines régions emblématiques comme le Languedoc-Roussillon et le Sud-Ouest. L'Aude totalise 4 955 hectares arrachés, la Gironde 4 219 hectares, le Gard 4 015 hectares. Environ 1 300 viticulteurs - soit un quart des demandeurs - ont décidé d'arrêter totalement leur activité, représentant 8 700 hectares. Le paradoxe est cruel : malgré ces arrachages massifs, la production 2025 devrait progresser de 14 % par rapport à 2024 grâce à de meilleurs rendements dans les autres régions, illustrant la difficulté structurelle à équilibrer offre et demande.

Des garde-fous pour éviter que les mesures d'urgence ne deviennent permanentes

Pour éviter que les mesures d'urgence ne deviennent structurelles, le texte plafonne à 25 % des enveloppes nationales disponibles les financements pour la distillation du vin et la « vendange en vert » (destruction de raisin avant récolte). Les États membres pourront également reporter les dotations budgétaires vitivinicoles non utilisées d'un exercice à l'autre, offrant ainsi une plus grande flexibilité dans la gestion des crises.

La promotion à l'export renforcée face au recul américain

Face à la moindre ouverture du marché américain, l'UE mise sur de nouveaux débouchés, notamment en Inde où un accord commercial vient d'être finalisé. Mais il ne produira ses effets qu'à long terme : les vins passeront en 7 ans de 150 % de droits de douane à 20 % (pour les gammes premium, soit une bouteille supérieure à 10 euros) et 30 % (pour les gammes moyennes, de 2,5 à 10 euros).

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Les spiritueux tomberont, eux, à 40 % graduellement : d'abord un démarrage à 75 % dès l'entrée en vigueur, puis une réduction annuelle sur sept ans, à l'exception du gin (sur dix ans). La bière passe de 110 % à 50 % en dix ans. C'est mieux mais ça ne sauvera pas à court terme la filière des vins et spiritueux.

Néanmoins, le financement des campagnes de promotion des vins européens de qualité dans les pays tiers est considérablement renforcé : l'UE contribuera jusqu'à 60 % des coûts, tandis que les États membres pourront ajouter jusqu'à 30 % pour les PME et 20 % pour les grandes entreprises. Ces programmes pourront être établis sur trois ans, renouvelables deux fois, soit neuf ans au total - une durée permettant de construire une présence durable sur de nouveaux marchés.

L'étiquetage des vins désalcoolisés harmonisé face à l'évolution des modes de consommation

Le texte répond également à l'évolution des modes de consommation, notamment chez les jeunes générations. Les vins « sans alcool » (concentration inférieure à 0,05 %) porteront la mention « 0,0 % », tandis que les vins « à teneur réduite en alcool » devront afficher au moins 0,5 % d'alcool et une réduction d'au moins 30 % par rapport à la catégorie d'origine. La production de vins mousseux désalcoolisés ou partiellement alcoolisés est par ailleurs simplifiée.

Le secteur voit dans ces dispositions une adaptation nécessaire à une tendance lourde : l'« aversion des jeunes générations pour les boissons à forte teneur en alcool », comme le souligne le service de recherche du Parlement européen.

De la souplesse face aux incidents climatiques croissants

Reconnaissant l'impact du changement climatique sur la production, le règlement accorde une année supplémentaire aux viticulteurs pour planter ou replanter leurs vignes en cas de catastrophes naturelles graves, de phénomènes météorologiques exceptionnels ou d'épidémies phytosanitaires. Les groupements de producteurs gérant des appellations d'origine protégées (AOP) et indications géographiques protégées (IGP) bénéficieront également d'un soutien renforcé pour développer l'œnotourisme.

Une offre excédentaire structurelle face à une consommation en baisse constante

L'Union européenne, premier producteur, consommateur et exportateur de vin au monde, fait face à une offre excédentaire structurelle. Selon l'Observatoire du marché du vin de l'Union, cette situation résulte d'une baisse constante de la consommation tant sur le marché intérieur que sur les principaux marchés extérieurs. Dans les années 1960, les Français buvaient près de 130 litres de boissons alcoolisées par an et par personne.

Aujourd'hui, la consommation a chuté à 40 litres par an et par personne. La politique de santé publique et de sécurité routière n'est pas étrangère à cette évolution des mœurs. Le vin n'est plus une boisson quotidienne mais occasionnelle et qualitative. Il s'agit donc de gérer cette évolution sans détruire le patrimoine culturel et économique que représente la viticulture européenne.